Le Syndicat Agricole 12 décembre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Betteraves - Les betteraviers se préparent aussi à l’après quotas

La fin des quotas signée par Bruxelles pour 2017 va marquer un changement historique pour la filière.

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Les planteurs de betteraves marquent leur satisfaction de voir maintenus pour la période post-quotas les dispositifs interprofessionnels et contractuels appliqués actuellement dans la filière.
Les planteurs de betteraves marquent leur satisfaction de voir maintenus pour la période post-quotas les dispositifs interprofessionnels et contractuels appliqués actuellement dans la filière. - © J.C. Gutner

Les enjeux de la filière se jouent aujourd’hui, pour les 10 ans à venir, et les planteurs de betteraves s’y préparent pour faire face à la concurrence de la canne à sucre. « Il ne reste plus que trois récoltes sous le régime des quotas, avant de basculer dans un nouveau schéma de production », souligne Éric Lainé, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), lors d’une conférence de presse organisée le 6 décembre à Paris.


Gagner en productivité
La fin des quotas signée par Bruxelles pour 2017 va marquer un changement historique pour la filière. Toutefois, celle-ci a anticipé cette évolution en faisant de l’amélioration de la productivité au champ et dans les usines, un objectif majeur. « Le programme de recherche Aker sur le génome de la betterave devrait permettre de multiplier par 2 les gains de productivité, les faisant passer de 2 à 4 t par hectare et par an, espère le président de la CGB. La réception des betteraves va aussi continuer à se moderniser, avec notamment la suppression d’un maximum d’opérations manuelles ». L’objectif étant de réduire l’écart de compétitivité avec la canne brésilienne, « pour que le sucre de betterave européen retrouve sa place sur le marché mondial ».


Un marché du sucre plus volatile
D’autant que la situation des marchés sera beaucoup plus volatile pour les Européens après 2017, avec la multiplication de régimes préférentiels d’accès au marché européen dans les accords bilatéraux de libre-échange. Pour Alain Jeanroy, directeur général de la CGB, l’Union européenne doit veiller à sauvegarder son marché intérieur « plus rémunérateur », en maintenant les droits de douane et en limitant les importations. Sans compter que la production de sucre devrait augmenter dans l’UE, alors que la demande pourrait, quant à elle, se réduire en raison du développement de l’isoglucose et des importations. D’où un risque de déséquilibre entre offre et demande, en fonction de l’intérêt à exporter des sucres UE sur les pays-tiers, ce qui pèsera plus ou moins sur les prix. « Dans ce contexte, l’éthanol va jouer un rôle plus important dans l’équilibre des marchés, souligne Alain Jeanroy. C’est pourquoi nous serons très attentifs au taux d’incorporation qui devrait être prochainement décidé par l’Europe ». La principale contrepartie de cette mutation est qu’il n’y aura plus de limite à l’exportation. Reste à savoir à quel prix cela sera intéressant d’exporter. Et Éric Lainé de conclure : « Il ne faut pas voir ce cap uniquement sous un angle négatif. On va certes vers plus de volatilité des prix, mais ce changement doit être vu plutôt comme une opportunité et pas seulement comme une contrainte. Il faudra s’y adapter comme dans les autres productions, et le maintien d’une filière organisée restera un facteur important pour atteindre nos objectifs ».
Les planteurs de betteraves marquent leur satisfaction de voir maintenu pour la période post-quotas les dispositifs interprofessionnels et contractuels appliqués actuellement dans la filière. « L’intervention du Parlement a été décisive, alors que la Commission européenne avait proposé leur abrogation, explique Éric Lainé. Ils permettront demain un partage équitable de la recette de la filière entre planteurs et fabricants de sucre ».


MDS

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« Les retards de semis du printemps 2013 n’ont pas été rattrapés », a expliqué Alain Jeanroy. Ainsi, le rendement racine s’élève à 84 tonnes pas hectares (t/ha) à 16° de sucre, avec une production de betteraves à 32,9 millions de tonnes (Mt) en France. « Il s’agit d’une année très moyenne, indique le directeur de la CGB. Avec un rendement inférieur à l’année dernière (86 t/ha), ainsi qu’à la moyenne quinquennale (89 t/ha) ». Le niveau de richesse en sucre est également un peu faible à 17,65 contre 18°, l’optimum. « Il va falloir travailler plus de racines, les sucreries vont tourner plus longtemps : 110 jours comme en 2012 contre 95 initialement prévus », précise-t-il. Globalement, la récolte a été moyenne dans toute l’Union européenne. Selon les premières estimations de la CGB, la production de sucre du quota et hors-quota s’établirait autour de 18 Mt, soit une baisse de 1 Mt sur un an. Ce qui, d’après Alain Jeanroy, écarte la possibilité d’avoir des problèmes d’écoulement cette année.

La CGB enjoint l’Europe à limiter les ouvertures du marché du sucre

« Sauvegarder le marché intérieur en maintenant les droits de douane et en limitant les importations », a martelé Éric Lainé le 10 décembre lors de l’ Assemblée générale de la CGB à Paris. Une mise en garde adressée aux pouvoirs publics, alors que les producteurs se préparent à la fin des quotas sucriers en 2017. Dans ce contexte, « l’éthanol sera un facteur encore plus déterminant demain pour équilibrer l’offre et la demande », a-t-il rappelé. La CGB craint des concessions aux Américains sur l’import en franchise de droit de douane. « Il faut mettre l’éthanol en exception de l’accord transatlantique UE/États Unis », a lancé le président des betteraviers au ministre délégué à l’Agroalimentaire. Réponse de Guillaume Garot : « la France agit pour que l’éthanol soit classé produit sensible ». « Il faut mettre fin à toutes ces concessions commerciales bilatérales de l’UE sous forme de contingents tarifaires », a réclamé Eric Lainé. Selon lui, près de 300 000 t ont ainsi été perdues sur le marché sucrier de l’UE en 2013, au profit notamment de l’Amérique centrale et des pays du Pacte andin. Sur ce sujet, Guillaume Garot est resté évasif, sous quelques huées dans l’assemblée.

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