Désherbage: le casse-tête des planteurs
L’ITB pointe un manque d’adaptation des programmes de traitement aux conditions agro-climatiques. - © V. Marmuse
C’est le gros point noir de la dernière campagne betteravière. « Tout comme en 2010, le désherbage en 2011 n’a pas été très brillant dans le Nord-Pas de Calais », déplore Vincent Delannoy, délégué régional de l’Institut technique de la betterave (ITB). Chaque année, les techniciens de l’ITB parcourent la plaine en automne, et attribuent une note visuelle au désherbage des parcelles (cf. graphique 1). « On constate une très nette dégradation de la propreté des parcelles sur le territoire régional, surtout pour 2010 et 2011, précise-t-il. Avec une progression sensible de la catégorie insuffisante. » Le pourcentage des parcelles « insuffisamment » et « moyennement » désherbées a une nouvelle fois augmenté en 2011 de 2 %, culminant ainsi à 17 % dans la région.
Des conditions pluviométriques défavorables au désherbage
Comment expliquer cette dégradation ? La faute revient aux conditions météorologiques défavorables. La pluviométrie printanière a influencé fortement le résultat final des interventions (cf. graphique 2). « C’est plus facile de désherber les années où l’on a un cumul de précipitations plus important en avril-mai, souligne le délégué régional de l’ITB. Or, nous avons eu ces 2 dernières années des printemps secs, avec très peu de précipitations en quantité et nombre de jours. »
En avril dernier, seulement 4 jours de pluie ont été enregistrés pour 11 mm sur le secteur de Dunkerque. Mais la palme revient au Cambrésis, avec 5 jours de pluie et 5,1 mm pour la totalité du mois de mai. Dans ces conditions, les produits à action racinaire n’agissent pas très bien. « Ils brûlent le feuillage des mauvaises herbes, mais sans pouvoir prévenir les redémarrages », explique Vincent Delannoy. Le racinaire ne parvient donc pas à compléter le programme de désherbage.
Recrudescence de chénopodes en 2010 et 2011
Pour la deuxième année consécutive, le chénopode arrive en tête du palmarès des mauvaises herbes mal contrôlées (cf. graphique 3). Avec néanmoins une particularité pour 2011 : « le retour en force de la mercuriale », du fait « d’une couverture du sol plus longue, qui a permis à cet adventice de refaire surface ». Autre difficulté : la gestion des vivaces et des plantes types chardons et laiterons, qu’on retrouve chaque année. « Ce problème est censé se régler dans le cadre d’une rotation, glisse Vincent Delannoy. Mais les agriculteurs tentent généralement de le solutionner dans la culture de la betterave. Ce qui n’est pas une bonne affaire en termes d’indice de fréquence de traitement (IFT) ».
Pourtant, plutôt que de parler de plantes résistantes, les échecs sont, pour le délégué de l’ITB, avant tout dus à de mauvaises stratégies de désherbage. Et de pointer la nécessité de « savoir réagir en fonction des conditions de l’année », en adaptant notamment « la bonne dose des produits au bon stade des mauvaises herbes ». « Une fois que le stade cotylédon à 2 feuilles vraies est dépassé, insiste Vincent Delannoy, il faut savoir augmenter très rapidement les doses préconisées par l’ITB de produits de contact génériques ou formulés, auxquels on associe les racinaires adaptés ».
MDS
Zoom sur... Les produits de pré-émergence, une fausse bonne idée ?
Suite aux difficultés de désherbage en 2010, certains planteurs ont pensé régler le problème en mettant davantage de racinaire sur les semis en 2011. D’après Vincent Delannoy, délégué régional ITB : « Ce fut une grosse erreur ; puisque même avec un taux de 59 % cette année, le résultat n’est pas meilleur voire même pire ». Et de prévenir : « Il ne faut pas croire qu’en 2012, la solution pour réussir son désherbage sera la pré-émergence. Cela ne réglera pas les problèmes de chénopodes ».
Pièces jointes :
- Graphique1: Efficacité désherbage Nord-Pas de Calais (2006-2011)source ITB
(154.3 ko) - Graphique3: Type d’adventices présents sur les parcelles en 2011. Source ITB
(65.9 ko) - Graphique2: Impact de la pluviométrie sur la qualité du désherbage. Source ITB
(85.3 ko) - Notation efficacité fin de désherbage: moduler les doses en fonction des conditions agro-climatiques. Source ITB
(68.4 ko)
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