Le Syndicat Agricole 21 décembre 2012 à 11h56 | Par Le Syndicat Agricole

Arrachages - « On est tous dans la même galère »

La récolte de betteraves risque de ne pas être achevée avant la fermeture des sucreries de la région. Entrepreneurs et planteurs demandent un délai supplémentaire à Téreos.

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« On pousse la machine au bout de ses limites, explique Jean-Pierre Joan, entrepreneur agricole à Saint-Folquin. On abîme le sol et le matériel, les casses hydrauliques sont fréquentes ».
« On pousse la machine au bout de ses limites, explique Jean-Pierre Joan, entrepreneur agricole à Saint-Folquin. On abîme le sol et le matériel, les casses hydrauliques sont fréquentes ». - © DR

Le président de la Fédération nationale des entrepreneurs du territoire (FNEDT), Gérard Napias, s’est rendu dans le Nord-Pas de Calais le mardi 18 décembre, à Saint-Folquin (62). Il est venu à la rencontre des entrepreneurs de travaux agricoles de la région, spécialisés dans l’arrachage de betteraves et de chicorées, pour leur apporter son soutien, face à la situation « catastrophique » sur le littoral. Dans la zone de polders (Calais, Dunkerque et Saint-Omer), les chantiers d’arrachage de betteraves et de chicorées sont à l’arrêt depuis plusieurs jours, faute de pouvoir rentrer avec les machines dans des champs devenus impraticables.


« Pire qu’en 1960 »
La faute à une pluviométrie exceptionnelle sur le secteur: « Les watergangs sont pleins malgré les pompes, c’est pire qu’en 1960, souligne un ancien entrepreneur agricole à la retraite. Cette année-là, les champs avaient été récoltés à la main par les ouvriers. » « Comme on doit attendre 8 à 10 jours sans qu’il ne pleuve, les chantiers de récolte prennent un retard considérable actuellement », explique Jean-Marie Lemaire, président de l’union régionale EDT Nord-Pas de Calais. Aujourd’hui, même les intégrales équipées de chenilles ne passent plus et finissent par s’embourber; d’autant que les 1500 ha de betteraves qui restent à arracher sont sur des terres difficiles, moins porteuses. Dans ces conditions, les entrepreneurs n’ont pas beaucoup de marges de manœuvre: « On pousse la machine au bout de ses limites, explique Jean-Pierre Joan, entrepreneur agricole à Saint-Folquin. On abîme le sol et le matériel, les casses hydrauliques sont fréquentes. »


Un surcoût de 40 %
Pour Gérard Napias, il n’est pas dans l’intérêt de l’agriculteur, ni de l’industriel, ni de l’entrepreneur, d’arracher dans de mauvaises conditions: « La nature a repris ses droits, lance-t-il. J’espère que l’on parviendra à récolter les derniers hectares. » Et de poursuivre: « Si par malheur on n’y parvenait pas, il faudra que les pouvoirs publics aident les agriculteurs et les entrepreneurs à sortir la tête de l’eau. Sinon, beaucoup d’entre eux risquent de prendre le bouillon. » D’ailleurs, ce dernier a assuré que la FNEDT a déjà interpellé plusieurs fois Stéphane Le Foll sur la situation des ETA: « Nous allons étudier avec les services concernés quelles sont les solutions possibles, précise-t-il. Cela pourrait se traduire par une aide supplémentaire pour l’agriculteur touché, afin que l’entrepreneur puisse lui facturer au moins une partie du surcoût de la récolte, estimé à 40 %. » Une délégation d’entrepreneurs conduite par Jean-Marie Lemaire a rencontré cette semaine le préfet du Pas-de-Calais pour faire le point avec les OPA sur leur situation financière: « Les trésoreries sont en flux tendu, confirme Gérard Napias. Ne pas le dire, c’est s’enterrer. C’est pourquoi nous voulons réunir tout le monde autour de la table pour trouver des solutions. »


Course contre la montre
Toujours est-il que planteurs et entrepreneurs sont maintenant engagés dans une course contre le temps. Alors que la fermeture des sucreries approche, ils souhaitent qu’un délai leur soit accordé, afin de pouvoir récolter les betteraves dans de meilleures conditions: « Avec les 40 mm qu’on nous annonce pour la semaine prochaine, on ne pourra pas retourner dans les champs avant au mieux le 1er janvier », affirment les planteurs. Et d’ajouter: « Si on peut à nouveau arracher début janvier, on n’aura jamais terminé à temps... Puis si on abandonne une partie de nos récoltes, qui va venir les chercher? Qui va payer? »  D’où la demande de prolonger l’ouverture de la sucrerie de Lillers ou celle d’Attin. « On est tous dans la même galère, insiste Jean-Marie Lemaire. Agriculteurs, entrepreneurs et industriels doivent être solidaires. » Gautier Leblanc, responsable du service betteravier de Téréos indique que « la sucrerie d’Attin doit en théorie fermer le 11 janvier quand celle de Lillers possède 20 jours de stock. Faire tourner une usine au ralenti coûte cher, pour l’instant l’échéance reste fixée au 11 janvier au lieu de fin décembre. Il faut donc saisir toutes les opportunités pour arracher. » Les options d’un arrêt suivi d’un redémarrage ou d’exporter les betteraves vers l’Angleterre semblent d’après lui aussi à écarter. Le conseil de surveillance de la coopérative devrait prendre une décision la semaine prochaine, « en fonction du temps ».


MDS

 

 

Zoom sur... Le remboursement de l’accompte du 30 novembre

Téréos a décidé de verser au 30 novembre un acompte aux associés coopérateurs quand bien même ils n’auraient pas encore arraché leurs betteraves. « Ceux dont la récolte sera restée dans le champs devront rembourser, admet Gautier Leblanc. Dans ce cas, le remboursement ne devrait pas être immédiat, mais étalé dans le temps ».

 

Allégement Taxe foncier non bâti: les dossiers à renvoyer avant le 15 janvier

« Les agriculteurs du secteur devraient recevoir dans les prochains jours, les documents de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, avec un dossier à renvoyer aux services fiscaux avant le 15 janvier, a indiqué Yves Engrand, maire de Saint-Folquin. Ceux qui auraient encore des récoltes en terre à cette date, pourront bénéficier d’un allégement sur la Taxe sur le foncier non bâti ».

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