Le Syndicat Agricole 26 février 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Apprendre à travailler avec un chien

Éleveur, vous souhaitez manipuler vos animaux avec un chien. Pour réussir, il convient de bien connaître un certain nombre de règles et de les respecter rigoureusement.

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Choisir un bon chien et l’éduquer correctement sont des préalables indispensables au dressage.
Choisir un bon chien et l’éduquer correctement sont des préalables indispensables au dressage. - © Le Syndicat Agricole

Pour acquérir un chien de troupeau, il faut tout d’abord faire le bon choix. Le chien de berger travaille par instinct. On ne fabrique pas un chien de troupeau, il l’est de par ses aptitudes naturelles. La taille et le sexe n’ont pas d’influence sur la qualité du travail, c’est avant tout une question de « mental ». Il est donc primordial de choisir un jeune chiot issu de souches qui ont de bonnes aptitudes au travail. C’est pourquoi il est important de voir le père et/ou la mère du chiot intervenir sur l’espèce sur laquelle le chiot sera amené à travailler.
Le choix du chiot dans la portée doit se faire entre huit et neuf semaines. Passé ce délai, les chiots doivent être individualisés c’est-à-dire sevrés et logés séparément de tous ses congénères. Les chiots à éviter absolument sont ceux que l’on ne peut approcher : à la seule vue d’un humain, ils se réfugient au fond du chenil où ils vont se cacher. Les chiots dont il faut se méfier sont les suivants. Les hyper-soumis : dès que l’on s’en approche, ils se mettent sur le dos et urinent ; les indépendants complets : ils profitent de la liberté pour vivre leur vie seuls. Ils vaquent à leur occupation sans s’occuper de vous ; et les bagarreurs : ils font la loi dans la fratrie. Mais quel que soit le caractère du chien, il est toujours possible de faire travailler un chien qui a de fortes aptitudes naturelles, d’où la nécessité de bien faire attention à ses origines. Les chiots à choisir en priorité sont ceux que l’arrivée de l’étranger, que vous êtes, ne perturbe pas. Après un bref moment de méfiance, les voilà autour de vous à vous faire la fête. Si vous ne les sollicitez pas, ils reprennent leur activité dans la fratrie comme si de rien n’était. De temps en temps, à votre sollicitation, ils reviennent chercher une caresse ou vous mordiller les mains, les lacets ou le pantalon. Pour tester l’adaptabilité du chiot, il suffit de le séparer de ses frères et sœurs et de l’emmener dans un lieu inconnu. Un bon chien va partir rapidement à la découverte de ce lieu la queue en l’air (c’est très important). Dès que vous l’appellerez, il tendra l’oreille, se retournera vers vous et vous rejoindra. Il est curieux de tout et rien ne l’effraie.
Il est primordial que l’état sanitaire de la portée soit irréprochable (chiot déparasité et vacciné). Son identification sera aussi effectuée avant qu’il ne quitte son lieu de naissance. L’identification du chiot est obligatoire avant l’acquisition : celle-ci représente un investissement à long terme.

Les qualités du maître
Six qualités principales sont requises pour le maître du chien de troupeau.
• Être un bon éleveur : observateur et connaissant bien les réactions de son troupeau afin de pouvoir anticiper les actions du chien avec des ordres précis.
• Être patient, ne jamais crier : être d’humeur égale. Votre chien vous entend très bien, si vous vous fâchez, vous le rendez nerveux (quand on crie, c’est que l’on ne domine pas la situation).
• Être méthodique et discipliné : il vous faut une méthode d’éducation et de dressage et être suffisamment discipliné pour l’appliquer tous les jours, fixer des objectifs précis et faire en sorte de les atteindre.
• Maîtriser les ordres : ce sont des mots précis, le dressage est régi par un certain nombre de règles. C’est un code entre vous et votre chien ; plus le code est clair et précis, plus votre chien apprendra vite.
• Bien connaître et comprendre son chien : votre chien a un caractère, vous devez vous y adapter pour en tirer profit. Mais le chien va aussi s’adapter à son maître et à son environnement. Votre chien est joyeux : ne pas casser cette joie, mais se servir du jeu pour l’éducation. Votre chien est timide : le mettre en valeur.
• Bien aimer votre chien : choisissez un chien qui vous plaît, donnez-lui un nom qui le mette en valeur, court, facile à prononcer et qui, phonétiquement, ne ressemble pas à un ordre. Votre chien fera tout pour vous faire plaisir.

L’éducation, un préalable indispensable au dressage
L’éducation est une phase indispensable pour préparer la maîtrise du chien au troupeau afin d’éviter de réprimer les erreurs d’un jeune chien. L’éducation est la gestion de la liberté du chiot, elle lui permet d’acquérir des règles de vie nécessaires. Elle s’étale sur les 14 à 15 premiers mois. Par la suite, il est possible de laisser un peu plus de libertés au chien.
Le dressage est la période où l’on apprend au chien son futur travail à partir du moment où il est déclaré (attiré par les animaux et éduqué). L’utilisation est la période qui dure une dizaine d’années et pendant laquelle vous aurez un chien utile et facile d’emploi. Il faut faire la différence entre dressage et utilisation. Une utilisation prématurée amènera le chien à faire des erreurs irréversibles par la suite. Un chien éduqué est plus stable, plus équilibré, mature et donc plus facile à dresser.
En bref, ayez confiance et croyez aux possibilités de votre chien : soyez positif, la clé de la réussite est là.

Francis Lammin, Conseiller Productions animales, Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais

 

Zoom sur... Trois périodes distinctes chez le jeune chien

Les âges donnés ci-dessous ont une valeur indicative et peuvent varier d’un chien à l’autre.

Imprégnation (2 à 6 mois)
Le chiot est malléable, il se fixe sur l’homme. On peut donner quelques ordres de base sur le principe du mimétisme : quand on marche avec le chien et qu’il nous suit, lorsque l’on s’arrête, on dit « stop ». Quand on court avec le chiot, on dit « vite » et lorsque l’on ralentit, on dit « doucement ».

Contestation (6 à 12 mois)
C’est la période d’éducation. C’est « l’adolescence » du chiot, le chiot remet en cause l’autorité. C’est aussi la période où il se déclare au troupeau.
C’est la période d’éducation où le maître affirme son autorité sur le chien et où il faut éviter l’affrontement avec lui.

Dressage (12 à 18 mois)
Le chiot est prêt à travailler d’une façon cohérente, il apprend vite mais il faut pour cela qu’il ait un bon rappel et un stop au contact des animaux, ce qui passe en général par une bonne marche en laisse (l’épaule du chien reste au niveau des jambes du maître). Il faut maîtriser son chien et non pas le subir.

 

En savoir plus : Sans éducation, le dressage est impossible

L’éducation commence à l’instant même où vous avez votre chiot, elle doit être constante et progressive. Il faut obtenir une confiance absolue entre vous et votre chien. La période de deux à six mois est importante, il faut consacrer du temps à son chiot afin qu’il se fixe sur son maître. Cette phase est primordiale pour créer une relation privilégiée avec votre chien et lui apprendre à obéir. Pour cela, il ne doit connaître qu’un seul maître. Le temps de concentration augmente avec l’éducation et le dressage. Un chien qui fait ce qu’il veut n’est jamais vraiment fatigué. Un chien qui se concentre sur ce que son maître dit et qui apprend se fatigue très vite.

Pas de divagations
Si vous ne pouvez pas l’emmener, laissez-le à l’attache ou en box, vous serez sûr de le retrouver à sa place. Un chien attaché ou enfermé n’est pas un chien malheureux car il sait que son maître va revenir le chercher. Un chien libre a du mal à se concentrer et à accepter les contraintes. Surtout, ne prêtez pas de sentiments ou de comportements humains aux chiens. Le chien n’a pas la même notion du temps que l’humain. Un chien libre se met à faire tout ce qui lui plaît comme courir après les poules, les voitures, les ballons ou s’exciter sur les veaux dans l’étable ou les agneaux dans la bergerie. N’attachez pas votre chien à proximité des animaux domestiques, il risque de devenir trop familier avec eux et finira par ne plus s’y intéresser ou entrera en excitation et deviendra difficilement supportable. Il ne faut pas laisser s’établir de relation de « copinage » entre eux, sinon le chien n’aura aucune autorité plus tard.

L’approbation et l’interdit : « Oui » et « Non »
Pendant l’éducation, apprenez à votre chien la notion du bien et du mal. Quand votre chien fait bien, dites-lui « Oui ». Quand il fait mal, et pour tout ce qui est interdit, dites-lui « Non ». Pour qu’un chien comprenne, il faut toujours lui apprendre le contraire de chaque chose. Par exemple, s’il veut vous sauter dessus, dites « Non » accompagné d’un geste de réprimande. Dès qu’il a repris une position normale, dites « Oui ».
Le « Non », dit avec une certaine autorité, vous permettra plus tard de stopper des actions mal engagées. Le « Oui » doit être accompagné de caresses. N’ayez pas peur d’avoir des caresses franches et « viriles ». Le terme « Oui » remplacera la caresse à distance. Si votre chiot se met sur le dos, ne le caressez pas et attendez qu’il se relève. N’admettez pas cette posture : c’est une fausse soumission qui a pour but d’échapper à la contrainte.

Premier apprentissage : le nom du chien et le rappel
Le premier apprentissage pendant l’éducation est, pour le chien, la connaissance de son nom et le rappel. Le nom du chien n’est pas le rappel, c’est un mot qui sert à interpeller votre chien. Il doit toujours précéder chaque ordre. Le rappel « Au pied » consiste à faire venir votre chien au pied. Viens : le « Viens » consiste à faire venir votre chien dans votre direction mais sans qu’il vienne vraiment au pied.

La marche au pied : en laisse et sans laisse
Dans un premier temps, il est indispensable d’apprendre à votre chien à marcher en laisse. Grâce à la marche en laisse, le chien apprend à se concentrer sur les ordres de son maître. C’est une étape indispensable afin de mettre le chien à l’écoute (répondre à l’ordre).

Assis, couché, pas bouger
Assis : le chien est assis sur ses postérieurs.
Couché : c’est la posture de soumission du chien face aux animaux.
Pas bouger ou Reste : le chien reste à sa place jusqu’à ce que l’ordre soit levé.

Le « Stop » : un ordre incontournable
Cet ordre permet de maîtriser le chien, de le poser et de gérer l’impact qu’il a sur le troupeau. Le « Stop » consiste à faire arrêter un chien qui est en mouvement. Il ne faut pas le confondre avec le rappel, avec lequel il n’est jamais associé. Un chien qui ne s’arrête pas quand on lui dit « Stop », aussi bon soit-il, sera un chien pratiquement ingérable.

 

À noter
La Chambre d’agriculture vous propose une formation spécifique conçue en lien avec Bruno Banon, moniteur agréé par l’Institut de l’élevage. Ce dernier interviendra durant les trois jours de formation les 17 mars, 5 avril et 28 avril 2016 de 9 h 30 à 17 h 30. Une des originalités du stage est la présence obligatoire du chien. Ainsi, l’éleveur doit s’inscrire avec son chien pour travailler en conditions réelles. Comme n’importe quelle éducation, le dressage du chien obéit à des règles simples mais intangibles qui nécessitent des exercices réguliers et progressifs. Attention, le nombre de participants à la formation « dressage et utilisation des chiens de troupeaux » est limité à dix éleveurs. Pour tout renseignement, contactez Francis Lammin au 06 84 57 93 24.
La formation est en partie financée par le Vivea. Comptez 30 euros/jour (soit 90 €) pour les personnes éligibles au Vivea : chef d’exploitation, conjoint collaborateur, cotisant solidaire, aide familial, jeune en parcours d’installation et 140 euros/jour (soit 420 €) pour les personnes non éligibles au Vivea : salariés.

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