Le Syndicat Agricole 24 novembre 2016 à 14h00 | Par Le Syndicat Agricole

Méthanisation : Alimenter efficacement les unités régionales

Les cultures intermédiaires et déchets des collectivités locales sont des opportunités pour les méthaniseurs.

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La sécurisation par anticipation de l’approvisionnement des unités est essentielle à leur bon fonctionnement. © DR Élisabeth Aslanian, de la Dreal Hauts-de-France. © DR Le rôle des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cives) a été détaillé par les équipes de la Chambre d’agriculture sur leurs parcelles d’essais de Vitry-en-Artois (62). © DR

La barre des 400 unités de méthanisation construites en France a été franchie cette année. Dans la région, douze installations en milieu agricole se situent dans le Nord-Pas de Calais et cinq en Picardie pour une puissance électrique totale de 4,1 MW. Une quinzaine de projets sont en cours pour 2017. Les matières organiques traitées par méthanisation ont généralement des origines différentes : les effluents agricoles (lisier, fumier…), les déchets agro-industriels (déchets carnés, graisses de restauration).
Les productions dédiées, comme les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cives), et les déchets des collectivités locales (tontes ou tailles) sont également à prendre en compte. Ces produits végétaux peuvent être apportés en complément des matières issues de l’élevage et offrent des perspectives intéressantes pour la production d’énergie.

L’interculture au profit des digesteurs
La nécessité de sécuriser l’approvisionnement des méthaniseurs tout au long de l’année explique l’intérêt porté par la filière aux intercultures. « Il est possible de profiter du laps de temps entre deux cultures de vente pour valoriser de la biomasse », a souligné Pierre Mortreux, agronome à la Chambre d’agriculture, lors d’une journée régionale dédiée à la méthanisation le 17 novembre à Vitry-en-Artois (62). Pour cela, un semis précoce, avec un choix d’espèces adapté au contexte, est à réaliser. « Les créneaux privilégiés pour les productions de dérobées (ray-grass, trèfles…) sont les précédents pois, escourgeons voire colza, pour une production qui varie entre 3 et 7 tonnes de MS/ha », précise-t-il d’après les essais menés en région. « Les cultures intermédiaires moins connues sur notre territoire, comme la betterave fourragère, ont un fort potentiel pour la production de biogaz », ajoute Michael Guerlus, responsable développement chez Engie. Néanmoins, une charge de travail supplémentaire et des conditions de récolte incertaines à l’automne sont à prendre en compte.

Des bords de routes aux méthaniseurs agricoles
La biomasse nécessaire au fonctionnement des sites de méthanisation ne provient pas uniquement des champs et des bâtiments d’élevage. Ainsi, depuis un an, une expérimentation d’exportation des produits de fauche issus des bords de routes vers des unités de méthanisation a été menée en partenariat avec la Chambre régionale d’agriculture et le Conseil départemental du Pas-de-Calais. Deux exploitations agricoles se sont portées volontaires, à Thiembromne dans l’Audomarois et à Bonnière dans le Ternois. « Dans un rayon de 10 km autour des unités, les tontes des routes départementales (RD) ont été collectées pour alimenter les méthaniseurs, explique Fabrice Gawel, directeur adjoint du service modernisation du réseau routier. En tout, 10,7 hectares ont été fauchés durant l’année pour une quantité de biomasse de 142 tonnes ». Parallèlement, le laboratoire départemental d’analyses (LDA) d’Arras a mesuré les teneurs en métaux lourds des végétaux. « Elles sont très inférieures à la législation en vigueur, assure le responsable. Le pouvoir méthanogène des résidus est très intéressant puisque nous considérons avoir produit 28 856 kWh, soit la consommation annuelle de 16 logements d’une surface habitable de 70 m2 sans chauffage électrique ». Il poursuit : « À l’échelle du département, en supposant récolter l’herbe sur 50 % des dépendances routières, nous pourrions estimer la quantité de biomasse à 27 000 tonnes et une production d’électricité à 4 536 000 kWh, l’équivalent de la consommation annuelle de 25 collèges ». L’opération devrait être reconduite à plus grande échelle avec la définition d’un plan de fauchage « exportation » qui privilégiera les RD d’une largeur minimale de 6 mètres et la proximité des unités.

Un inventaire régional des gisements de biomasse en cours
Les opportunités à saisir et les sources de biomasse disponibles en région semblent donc nombreuses pour la filière. Afin de déterminer le potentiel de biomasse réellement mobilisable dans le Nord et le Pas-de-Calais, le service énergie de la Chambre d’agriculture réalise actuellement un inventaire des gisements à l’échelle locale : « Céréales à paille, bois, effluents ou boues de stations d’épuration, nous prenons en compte chaque élément, explique Loren Neveu. L’objectif est d’aider les porteurs de projets en leur donnant une première idée des possibilités présentes sur leur territoire », et au final, de susciter de nouvelles installations. « Il est important de communiquer plus largement et de sensibiliser la population sur le rôle de la méthanisation pour éviter les réticences et les oppositions », conclut Christophe Bogaert, coordinateur du pôle économie circulaire de l’Ademe Hauts-de-France. Pour rappel, la région ambionne d’atteindre 10 % de biométhane dans la consommation finale de gaz à horizon 2030.

Simon Playoult

Un nouvel encadrement au 1er janvier 2017

Le recours aux matières végétales « alimentaires » pour approvisionner les installations de méthanisation de déchets non dangereux ou de matières végétales brutes est autorisé dans les Hauts-de-France, mais sous certaines conditions. Dès le 1er janvier prochain, le seuil agréé pour les cultures à vocation alimentaires, dites « principales », ne devra pas dépasser 15 % du tonnage annuel brut (hors-­prairies permanentes). Sont non concernés par le seuil de restriction :
- les « résidus de cultures associés » à des cultures principales (résidus directement générés par l’agriculture). Ils n’incluent pas les résidus issus d’industries connexes ou de la transformation de produits agricoles ;
- les « cultures intermédiaires », encore appelées cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) : culture qui est semée et récoltée entre deux cultures principales.
Le décret concerne aussi bien les unités d’injection ou de cogénération. Selon Élisabeth Aslanian, de la division énergie-climat de la Dreal Hauts-de-France, « Ces dispositions entrent dans un cadre cohérent d’évolution des pratiques afin d’atteindre les enjeux environnementaux ». Elles ne s’appliquent pas aux installations déjà en service avant le 1er janvier 2017.

Possibilité de dérogation pour les zones « contaminées »
À la demande des instances régionales, une dérogation à ce décret pourra être demandée pour les secteurs dont les cultures sont imputées par des restrictions d’usage et de mise sur le marché pour des raisons sanitaires. « Cette partie du décret a été créée spécifiquement pour les terres agricoles polluées par l’ancienne usine Métaleurop, poursuit Élisabeth Aslanian. Il s’agit d’une volonté de l’État de reconvertir ce territoire et d’en faire un exemple ». En effet, un méthaniseur pourrait être installé sur ce territoire.

S. PL

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