Le Syndicat Agricole 16 avril 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Agroéquipements : les agriculteurs français jouent la prudence

Sans que l’investissement ne s’effondre, le marché des machines agricoles revient à des quantités plus modestes, mais supérieures à 2010 tout de même.

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Si les moissonneuses-batteuses ont vu leurs immatriculations baisser de 7,5 % à 2 284 unités en 2014, les autres outils automoteurs de récoltes ont progressé de 11,8 % cette même année.
Si les moissonneuses-batteuses ont vu leurs immatriculations baisser de 7,5 % à 2 284 unités en 2014, les autres outils automoteurs de récoltes ont progressé de 11,8 % cette même année. - © J.C. Gutner

Finies les années sublimes pour les constructeurs et distributeurs d’équipements agricoles. Depuis le début de 2014, les agriculteurs ont choisi de jouer la prudence. Conséquence, après deux années de belle croissance pour l’agroéquipement, les agriculteurs ont été plus que prudents. Le marché français des agroéquipements aurait reculé de 14,7 % en 2014 et reculerait encore de 11 % en 2015, estime Axema, le syndicat des producteurs et importateurs de matériels agricoles, qui tenait une réunion biennale à Paris le 9 avril. La contraction de 2014, avec un marché estimé à 5,6 milliards d’euros, est liée à une baisse de 7 % de la production française de machines, conjuguée à une chute des importations (- 14 %) quand les exportations sont restées stables. En 2015, le marché s’établirait à 5 milliards d’euros soit, malgré tout, plus qu’en 2010. Le Sima 2015 qui s’est tenu en février à Paris n’avait d’ailleurs pas été particulièrement marqué par la morosité. Plus encore, selon Axema, qui rapporte les résultats d’enquêtes dans l’industrie, les industriels, interrogés par l’Insee, seraient légèrement plus optimistes dans les mois les plus récents.

Revenus en baisse et manque de visibilité
En attendant les jours meilleurs, les agriculteurs sont éminemment prudents depuis un an. Raisons principales : les revenus en baisse de 2014 et le manque de visibilité sur la situation des marchés agricoles. Les fournisseurs du monde agricole vont certainement devoir s’adapter à des clients qui se trouvent dans une situation nouvelle : ils vont répercuter la volatilité qu’ils subissent sur leurs achats de matériels et donc sur leurs fournisseurs. L’investissement emblématique qui subira cette évolution est le tracteur : Axema rappelle qu’après avoir progressé de 11,4 % en 2013, dépassant le nombre record de 2008, le nombre d’immatriculations a baissé de 28 % en 2014. Un « retour à la normale » selon l’organisation professionnelle après trois années de fortes hausses. Mais en temps de forte volatilité, la notion de « normale » risque d’être très relative. Le phénomène français n’est d’ailleurs pas unique : en Europe, en 2014, le nombre d’immatriculations de tracteurs a baissé de 9 % par rapport à 2013.
Les industriels français restent malgré tout optimistes. Ils ont offert 5 000 emplois en 2014, misant sur leurs capacités à innover pour attirer leurs nouveaux collaborateurs. Même s’ils continuent à rencontrer des difficultés pour renouveler et compléter leurs effectifs, 56 % d’entre eux prévoient de recruter cette année.

Moins de moissonneuses-batteuses
La situation est plus complexe si l’on entre dans le détail des productions. Si les moissonneuses-batteuses ont vu leurs immatriculations baisser de 7,5 % à 2 284 unités en 2014, les autres outils automoteurs de récoltes ont progressé de 11,8 % cette même année.
En 2014, les immatriculations de machines à vendanger se sont accrues de 28,2 % par rapport à l’an dernier.

Élevage, prudence dès 2013
Des secteurs souvent en difficulté comme ceux de l’élevage n’avaient pas attendu 2014 pour jouer la prudence. Dès 2013, par exemple, la production de matériel de fenaison était en baisse en France, autant en raison de son marché local que des exportations vers l’Europe, surtout. En revanche, c’est en 2014 qu’on a pu assister à une baisse drastique des immatriculations de chargeurs télescopiques (- 31,8 %). Par ailleurs, signe de l’émergence d’élevages de grandes tailles, les mélangeuses automotrices d’aliments pour animaux, qui représentaient 26 véhicules en 2010 représentent 112 machines immatriculées en 2014. Cette même année, la France a importé 15 % de machines à traire en plus, signe d’un marché qui paraît robuste en dépit de la fin des quotas laitiers. Signe aussi qu’une bonne part des producteurs de lait comptent profiter de la suppression des quotas pour doper leur propre production laitière.
De fait, l’incitation à investir est très variable selon les secteurs agricoles. Elle dépend avant tout des perspectives que chaque production peut espérer se fixer.
Entre une période 2005-2010 et la suivante, 2011-2013, selon les données de l’Insee, les investissements des céréaliers et producteurs d’oléoprotéagineux ont progressé de presque 30 % ; en revanche, ceux des maraîchers ont baissé de 2,5 %. La palme de la baisse revient à l’horticulture avec - 31,8 %. Les producteurs de lait ont augmenté leurs investissements de 25 % tandis que les éleveurs de bovins à viande ont réduit les leurs de 13,6 %. La palme de la hausse revient aux éleveurs de volailles (+ 64 %) sans doute en raison des mises aux normes obligatoires tandis que leurs voisins éleveurs de porcs investissaient eux aussi substantiellement (+ 32 %).

L’agriculture investit
De fait, l’agriculture française est un secteur qui investit. Parfois trop, disent certains en évoquant l’équipement parfois impressionnant en machines agricoles. Une critique contredite par les chiffres d’Axema. En termes d’intensité capitalistique (investissements rapportés à la main-d’œuvre), la France se situe dans un peloton moyen en Europe, derrière le Luxembourg et les Pays-Bas, et avec l’Allemagne et le Royaume Uni. En moyenne, les producteurs français n’ont pas surinvesti. Mais il est sûr qu’ils regardent de quoi sera faite l’économie après la nouvelle PAC pour se relancer sur le chemin de l’équipement.

Zoom sur... Pas de taille critique définie

« Ni les syndicats majoritaires ni les pouvoirs publics n’ont fixé un objectif en matière de taille critique des exploitations », constatait Alain Savary, directeur général du syndicat des producteurs et importateurs d’agroéquipements, Axema, le 9 avril. Une constatation en forme de regret puisqu’Alain Savary ajoutait : « Garder des petites exploitations est peut-être un danger dans un pays ou une région dont les frontières sont ouvertes aux importations » de produits alimentaires étrangers. De quoi faire réfléchir une salle composée majoritairement d’industriels de la machine agricole qui souhaiteraient bien savoir vers quel type d’exploitation la France s’oriente.

À savoir : trop de normes réglementaires

Axema avait placé l’Europe et ses opportunités pour les industriels des agroéquipements au cœur de sa 2e biennale. L’occasion de rappeler que l’Europe est leader sur le marché mondial avec une production totale de 40,3 milliards d’euros (chiffres 2013). D’après le baromètre du Comité européen des constructeurs de machines agricoles (Cema), toute l’Europe serait touchée par la morosité économique. Les ventes de matériels agricoles en Allemagne, le premier producteur européen, pourraient ainsi reculer de 7 % cette année. Dans une compétition internationale de plus en plus rude, les constructeurs français cherchent à tirer leurs épingles du jeu. 80 % d’entre eux sont des entreprises de moins de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais ils ont vu leur marge nettement diminuer ces dernières années, pour s’établir en moyenne à 12 % de leur valeur ajoutée en 2013. « Les fabricants français sont handicapés par une pléthore de normes réglementaires », a déploré Paul Raguin, président du directoire d’Oléane, une entreprise d’électronique professionnelle, tout en ajoutant que les industriels hexagonaux bénéficient de trois atouts majeurs, « la formation de leurs ingénieurs, la culture de l’innovation et la qualité des infrastructures ». Pour Daniel Ferrand, directeur général de l’institut Coe-Rexecode, le critère de compétitivité dont on parle tant est « multidimensionnel ». Mais c’est la dimension « prix », les produits français étant souvent plus onéreux que ceux des autres pays européens, qui freine les exportations. « Nous avons des coûts globaux plus importants que ceux de nos voisins européens », a renchéri Paul Raguin. De son côté, Jérôme Frantz, président de Fédération des industries de la mécanique (FIM) a regretté que les constructeurs français de machines agricoles n’utilisent pas suffisamment le dispositif du Volontariat international en entreprise (VIE) pour se développer sur les marchés internationaux. Michel Barnier, ex-commissaire européen au marché intérieur, a plaidé pour sa part pour une politique industrielle européenne commune à l’instar de la politique agricole commune. Sans ce nouvel outil, aucun des quatre pays européens (Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni, ndlr) du G8 actuel n’en fera partie en 2050, a-t-il pronostiqué.

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