L’agriculture française en quête de compétitivité
Diminuer le coût lié à l’emploi des salariés permanents faisait l’objet d’un travail de lobbying de la part de la FNSEA depuis de longs mois. - © S. Leitenberger
Lorsque le président de la FNSEA était venu cet été dans le département du Pas-de-Calais afin de soutenir l’opération de solidarité paille, il avait réaffirmé toute la motivation de la FNSEA pour que l’agriculture française retrouve sa compétitivité. Exemple allemand à l’appui, Xavier Beulin justifiait les revendications nationales par le coût de la main d’œuvre supporté par les exploitations et les filières françaises, comparativement à nos voisins d’outre-Rhin.
Diminuer ce coût faisait l’objet d’un travail de lobbying depuis de longs mois, avec notamment dans le viseur le coût lié à l’emploi des salariés permanents. Le 3 novembre, les parlementaires de l’Assemblée Nationale ont finalement adopté un amendement à la Loi de finances pour 2012, instaurant l’exonération de charges patronales pour les travailleurs permanents*. Si cet amendement reste soumis à l’approbation des sénateurs, il résonne néanmoins comme une première avancée dans la reconquête de la compétitivité de l’agriculture française, à travers le coût de la main d’œuvre. Même si, de par sa dégressivité, cette mesure s’appliquera principalement aux salaires les plus proches du Smic (avec un plafonnement à 1,4 Smic et à 20 salariés par entreprise). Cette mesure vient compléter le dispositif Fillon, mais elle vient aussi s’ajouter aux mesures d’exonérations que la FNSEA avait obtenues sur l’emploi des saisonniers.
Les distorsions de concurrence en toile de fond
Cependant, avec la politique de rigueur budgétaire amorcée par le gouvernement, cette mesure d’exonération qui représentera 210 millions d’euros devra trouver son pendant en terme de financement, laissant donc des interrogations sur le devenir du remboursement de la TIC (ex-TIPP).
En tout état de cause, c’est bien par rapport à nos voisins européens que les employeurs de main d’œuvre français se retrouvent directement pénalisés.
Et ce qui est vrai au niveau des structures agricoles, l’est également pour les autres maillons des filières, comme les activités d’abattage et de découpe. À l’image du porc en Allemagne, où les activités d’abattage ont crû de plus de 35 % en 15 ans, grâce aux coûts de la main d’œuvre : salaire de base bien inférieur au Smic français ou recours massif à la main d’œuvre étrangère ne sont pas sans engendrer des écarts de compétitivité vis-à-vis du modèle français.
Les charges sociales sont, elles aussi, un vecteur de distorsion de concurrence, et c’est notamment sur ce point que le travail syndical a été mené. Mais cet épisode ne stoppe en rien le chantier qu’il reste à mener sur l’harmonisation des règles européennes, tant en matières sociales qu’environnementales. Un travail inéluctable si la France veut retrouver son statut de première puissance agricole européenne.
Benoît LEPECQUET
* Nous reviendrons sur le détail de cette mesure prochainement, dans le cadre de notre « Chronique employeur ».
Interview de Claude Cochonneau, président
de la Commission Emploi de la FNSEA « Il nous semble légitime que l’État soutienne l’agriculture »
Le gouvernement vous a finalement écouté en introduisant dans le projet de Loi de finances pour 2012 une mesure soulageant le coût du travail ?
Pour l’instant, c’est un amendement, déposé notamment par les députés Reynès et de Courson. Cela répond à une attente forte des employeurs agricoles. L’agriculture française subit une concurrence importante des pays voisins, due notamment à l’absence totale d’harmonisation des politiques sociales au niveau européen. Il nous semble légitime que l’État soutienne une activité économique qui, malgré ses difficultés, génère emplois et devises. Dans ses différentes déclarations, le gouvernement s’était engagé à agir pour améliorer la compétitivité des entreprises agricoles. Pour la FNSEA et ses associations spécialisées, évidemment, c’est une première victoire.
Pouvez-vous nous tracer les grandes lignes de ce dispositif ?
Ce dispositif vient en complément de la réduction Fillon. Il s’agit d’exonérer les cotisations légales qui n’étaient pas prises en charge par la réduction Fillon et la quasi-totalité des cotisations conventionnelles des salariés permanents dont le salaire est au plus égal à 1,1 Smic, ce qui représente à peu près 1 € par heure travaillée. Ensuite, la mesure devient dégressive jusqu’à 1,4 Smic. Elle ne peut concerner au maximum que 20 salariés par entreprise.
Quel impact attendez-vous de la mesure ?
Il faut bien sûr envisager cette mesure comme un complément à ce que la FNSEA a déjà obtenu pour les salariés saisonniers, pour lesquels 500 millions d’euros sont consacrés chaque année.
A priori, près des 2/3 des salariés permanents de la production agricole devraient entrer dans le dispositif, pour un budget global de 210 millions d’euros.
Pour les employeurs agricoles, c’est une très bonne nouvelle, mais qui reste une mesure d’urgence et par conséquent insuffisante. En effet, comme toute mesure ciblée, elle comporte ses limites, et notamment le risque d’effet de seuil pour les salaires, amplifié par la dégressivité de la mesure. Il nous faut poursuivre les réflexions sur le coût du travail.
Dans quel sens menez-vous ces réflexions ?
Pour la FNSEA, 2 axes sont à privilégier. D’abord la mise en place d’une TVA sociale nous paraît une voie indispensable à explorer pour enfin déconnecter l’assiette des cotisations sociales du revenu du travail. Mais à plus long terme, seule l’harmonisation sociale européenne est la garantie de l’absence de distorsions de concurrence pas toujours loyales sur le coût du travail.
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