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Production sucrière

La betterave et la canne, les sœurs « ennemies »

Les planteurs français se sont réunis à Paris le 6 décembre pour l’Assemblée générale de la CGB.

08 décembre 2011 Le Syndicat Agricole Vu 981 fois
Environ 1 000 congressistes étaient présents à l’AG de la CGB.

Environ 1 000 congressistes étaient présents à l’AG de la CGB. - © DR

«Il y a 5 ans, personne ne songeait à comparer la betterave et la canne, aujourd’hui, c’est le cas. » Voilà le constat fait par Roland Cuni, directeur adjoint de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), lors de l’Assemblée générale du syndicat betteravier. À cette occasion, une table ronde a permis de faire le point sur ces concurrentes de longues dates, qui se disputent le marché du sucre.
Un autre constat partagé par les intervenants : la consommation de sucre va augmenter dans les prochaines années, notamment dans les pays en développement. « Il y une prépondérance de l’Extrême-Orient et de l’Inde dans la consommation mondiale de sucre ; ces deux régions représentent 40 % de cette consommation et, d’ici à 2020, cette part pourrait atteindre 47 % », estime Leonardo Bichara Rocha, économiste à l’Organisation internationale du sucre.
Par ailleurs, avec des coûts de production en forte hausse et une demande brésilienne en éthanol en pleine explosion, de nombreux observateurs doutent des capacités du Brésil à répondre à lui seul à cette augmentation des besoins en sucre et en éthanol. Quel avenir dans ce contexte pour la filière betteravière européenne face à la canne ? Chaque culture présente des atouts, mais aussi des contraintes à surmonter.


La canne à sucre : une marge de progression importante
Pour Plinio Nastari, président de DataGro, cabinet de consultants brésilien spécialisé dans le bioéthanol et l’industrie du sucre, la montée en puissance de l’industrie cannière est surtout imputable au développement du bioéthanol et aux économies d’échelle qu’il a permis. La production est passée de 7,4 Mt en 1991 à 38 Mt en 2010.
Mais l’année 2011 a marqué une rupture dans cette logique de croissance, avec une récolte qui s’établit à 25 Mt. « Les mauvaises performances de la campagne 2011/2012 s’expliquent principalement par un manque de renouvellement des champs de cannes à sucre depuis la crise de 2008, et un climat anormal avec des gelées en juin et en août », avance Plinio Nastari.
Parmi les facteurs pouvant expliquer la perte de compétitivité de la canne à sucre, Plinio Nastari distingue aussi des aspects structurels comme la montée du cours du Real, la monnaie brésilienne, par rapport au dollar. Enfin, les exportations sont en diminution, surtout pour le sucre. « Dans ce contexte, la demande va rester tendue tant que la production de canne ne sera pas suffisante », explique Plinio Nastari. La marge de progression est grande pour la canne à sucre, puisque cette production n’occupe que 8,5 millions d’ha sur les 65 possibles, d’après le zonage « agroécologique » réalisé par l’État brésilien.
Concernant les coûts de production, ils vont sans doute continuer à augmenter, mais cela va être compensé par « une meilleure productivité de la main d’œuvre et une amélioration des process industriels », souligne Roland Cuni.


La compétitivité, le nerf de la guerre pour la betterave
Pour la filière betterave, c’est sa capacité à devenir compétitive face à la canne à sucre qui va déterminer son avenir. Les progrès déjà accomplis sont considérables. Les écarts de coûts de production sont passés en 10 ans de 300 % à 30 % aujourd’hui. L’augmentation des coûts brésiliens ne suffit pas à expliquer ce rapprochement, les progrès techniques accomplis par la filière expliquent en grande partie cette situation.
« La filière place beaucoup d’espoirs dans le progrès génétique, les semeurs pensent que la marge de progression est considérable, le potentiel de la canne sur cet aspect est plus limité ». Et de conclure : « Les atouts sont de chaque côté et il faut rester prudent sur notre capacité à gommer les 30 % d’écart de compétitivité. Le Brésil n’a pas dit son dernier mot. »

Virginie Charpenet

 

Précisions... Bruno Le Maire réaffirme son soutien aux planteurs

«Je me battrai pour le maintien du Règlement sucre jusqu’en 2020. » C’est ce qu’a affirmé le ministre de l’Agriculture, Bruno le Maire, aux planteurs de betteraves rassemblés à l’occasion de l’AG de la CGB. Il s’est félicité du travail « remarquable » accompli depuis des années par la filière sucre en France. « Elle mérite qu’on défende ses intérêts », affirme-t-il.
Le soutien apporté par Bruno Le Maire fait suite aux propositions de la Commission européenne de mettre fin au Règlement sucre dès la campagne 2015-2016. Le Parlement européen défend lui aussi la reconduction du Règlement jusqu’en 2020. Michel Dantin, parlementaire européen et membre de la Commission agriculture, l’a fait savoir aux betteraviers par le biais d’une interview diffusée lors de l’AG.
Désormais, le ministre doit convaincre ses homologues de la nécessité de maintenir les quotas. « Lors du dernier Conseil des ministres de l’Agriculture, 12 pays se sont rangés du côté de la France », se félicite Bruno le Maire. Rappelant que « la régulation était nécessaire pour améliorer la compétitivité d’une filière et affronter le marché mondial ». Pour lui, « la filière sucre doit continuer d’avancer sur le triptyque régulation, prix minimum garanti et accords interprofessionnels ».
Concernant le verdissement de la PAC, Bruno Le Maire reproche à la Commission d’avoir fait des propositions administratives et compliquées, ne respectant pas la réalité économique des exploitations agricoles. « 30 % de conditionnalité est irréaliste, affirme-t-il. La copie est à revoir, le verdissement doit être plus lisible et plus rémunérateur pour le producteur. »

 

Zoom sur... 2011 : une campagne historique

• En France :
Le rendement à 16° s’établit à 96 t/ha. Le rendement sucre atteint lui aussi des records à 13,8 t/ha. « La récolte s’est déroulée dans des conditions très favorables, avec une tare terre à 7,5 % », se félicite Alain Jeanroy, directeur de la CGB.
La production française atteint à ce jour un volume de 37 à 38 Mt. Les surfaces ont augmenté de 2 % en 2011, afin de satisfaire la demande en éthanol et assurer l’approvisionnement des débouchés non alimentaires contractualisés par les fabricants de sucre.
La filière a pour objectif un report nul pour la prochaine campagne. La majeure partie de la production (55 %) est consacrée au sucre du quota. Le reste, hors quota, est destiné à l’industrie chimique et à la production d’éthanol. Petit bémol, il reste pour le moment 6 Mt à écouler. Des solutions existent selon la CGB, comme la reclassification en sucre du quota ou l’export vers pays tiers.

• En région :
Dans le Nord-Pas de Calais, les surfaces se maintiennent. Les sucreries ont démarré leur activité le 10 septembre et la campagne doit durer 120 jours. Comme au niveau national, la campagne est historique. La tare terre s’établit à 7,5 %. L’année se caractérise par un niveau de richesse qui se maintient depuis fin septembre à 18,5°. « Ce qui permet d’envisager un résultat final à 18,4° », précise Guy Boulard, directeur adjoint de la CIB. Côté rendement, il s’établit à 96 t/ha à 16°, soit un résultat équivalent à 2009. « Les températures plutôt douces doivent inciter les betteraviers à surveiller la conservation de leur silo », rappelle M. Boulard.

 

 

 
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