La qualité française, un atout dans cette campagne difficile
La filière française a de beaux atouts, et en premier lieu la qualité et la sécurité sanitaire de ses pommes de terre. Ce qui est une opportunité à l’export. - © S. Leitenberger
La campagne 2010-2011 restera dans les annales de la filière, tant au niveau des exportations records en volume et en valeur (+ 63 % en valeur), que sur le marché français, qui a apprécié la stabilisation des achats des ménages et une accalmie sur le front des promotions (prix en hausse de 24 % au stade consommateur).
Mais la filière, habituée aux fluctuations, doit faire face cette année à une campagne difficile. Les cours élevés de l’année dernière ont conduit à des augmentations de plantations dans tous les pays d’Europe. À cela s’ajoutent des rendements en hausse, mais avec une qualité en nette baisse. La production française est supérieure d’environ 17 %. Les marchés à l’exportation de cette campagne 2011-2012 sont plus disputés. D’autant qu’aucun pays n’a subi de désastre climatique (comme c’était le cas en Russie en 2010). L’Espagne, premier client de la France, subit de plein fouet la crise économique. Et en France, sous prétexte de la baisse du pouvoir d’achat, certains profitent de baisser les prix au-delà du raisonnable.
Conforter l’export et développer de nouveaux marchés
Les travaux de l’Assemblée générale du CNIPT (Comité national interprofessionnel de la pomme de terre) ont donc porté sur les perspectives à l’export. En France, l’exportation représente environ 2 millions de tonnes sur une production de 4 à 5 millions de tonnes. La France, qui est le premier pays exportateur de pommes de terre, doit garder sa longueur d’avance. Les pays du Sud sont nos principaux clients. Émergent maintenant des opportunités de croissance en Europe de l’Est. Pour le négociant Régis Wecxsteen : « L’atout de notre filière est la qualité des pommes de terre (et la diversité des variétés qui répondent à chaque marché), ainsi que la situation du bassin de production qui se trouve au carrefour de l’Europe.
Des exigences de qualité accrues
Par contre, nos premiers freins sont les délais d’analyses (certificats phytosanitaires garantissant la sécurité sanitaire des produits) et les assurances crédit, sésames obligatoires pour pouvoir exporter. » « Les administrations belge et hollandaise sont bien plus rapides, ce qui leur permet de gagner des parts de marché », renchérit Luc Lemaire (Lucas SA). La Russie en est l’exemple. C’est un marché difficile d’accès qui demande de la réactivité (contraintes réglementaires et phytosanitaires, État russe régulant les importations à coup d’embargo...). Contrairement à la zone Sud : « travailler avec l’Espagne est un luxe, pour Luc Lemaire. Nous connaissons la clientèle, les assurances crédit s’obtiennent facilement. Les échanges se font en toute transparence. Et les transports se font à des prix compétitifs grâce à des échanges pommes de terre/oranges et poivrons. »
« La grande distribution est le principal circuit de commercialisation en Europe. S’ensuit le développement de standards commerciaux : produit lavé, calibré, trié et conditionné », explique Martine Schwartzmann d’Ubifrance. Les enseignes françaises (Leclerc, Auchan, Carrefour) et étrangères (l’Anglais Tesco) s’implantent partout et exportent avec elles leurs exigences. Ainsi, « la production française de lavables avec une belle couleur de peau est demandée dans les Pays de l’Est et du Sud qui ne savent pas la produire », témoignage Luc Lemaire. Les nouveaux marchés comme la Roumanie et la Moldavie demandent du haut de gamme.
Valoriser la production française
Il faut donc saisir des opportunités de débouchés, mais dans le cadre d’une stratégie d’exportation et non dans un souci de dégagement de volume. Les clients sont de plus en plus exigeants sur la qualité. « Si nous étions restés avec la Bintje, nous n’aurions pas décollé à l’export », assure Régis Wecxsteen.
Sur ce point, Sébastien Galland, président du CNIPT, veut que l’interprofession soit vigilante. « L’export ou la mise en rayon de pommes de terre de mauvaise qualité dégrade l’image du produit. Il est préférable, dans ce cas, de dégager du volume en alimentation animale ou dans d’autres débouchés alternatifs. » Pour la campagne 2011-2012, le CNIPT a d’ailleurs « décidé d’accroître ses contrôles sur la qualité et ses analyses des écarts, notamment variétaux ».
Marianne BOUTRY
Zoom sur... Les missions régionales
Le CNIPT retourne sur le terrain avec une volonté de renforcer le lien entre la structure nationale et les opérateurs au travers des Associations régionales de la pomme de terre (ARPT). « Dans les régions Nord, Picardie, Champagne-Ardenne, Normandie et Alsace, les actions interprofessionnelles dynamisent la filière. Mais aussi donnent accès à certaines aides et subventions régionales permettant la modernisation et l’équipement des bâtiments ou la promotion de la pomme de terre », explique Jean-Luc Gosselin, directeur du CNIPT.
En région Nord-Pas de Calais, le CNIPT a accompagné l’ARPT dans sa participation à deux événements grand public : Place Nature à Arras et Ferme en Ville à Lille. La filière s’est aussi investie lors de Qualipom’Nord.
Au niveau national, le CNIPT travaille à construire des outils pour renforcer la compétitivité de la filière : campagne publicitaire, renforcement des contrôles qualité en point de vente, nouveaux référentiels valorisant pour les conditionneurs. L’interprofession projette, également, avec les autres familles professionnelles, de bâtir un dispositif contractuel.
Top 10 des pays exportateurs de pommes de terre*
1er France (22 % des volumes), Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Canada, États-Unis, Égypte, Iran, Israël, Chine.
* 75 % des volumes et 73 % en valeur – Données 2010
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