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Perspective

Formation et sécurité alimentaire, fondements de la politique agricole régionale

Une journée d’information et de débat a été organisée par le Comité économique et social et le Conseil régional.

06 juillet 2007 Paul Froissart Vu 710 fois
L'agriculture occupe 68% du territoire régional avec 10.800 exploitations d'une taille moyenne de 75 ha.

L'agriculture occupe 68% du territoire régional avec 10.800 exploitations d'une taille moyenne de 75 ha. - © Sandra Roupnel / Réussir

Quelles nouvelles orientations pour la politique agricole régionale ? Voilà la question posée d'entrée de jeu par le Comité économique et social régional et le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais lors de la journée commune d'information et de débat qu'ils ont organisée le 27 juin dernier à Lille.  "Il s'agit, précise Georges Guillaume, président du CESR, de mieux cerner les enjeux et les perspectives de notre agriculture régionale autours des deux axes essentiels qui la caractérisent : la qualité des produits et la préservation des paysages".

10.800 exploitations
Le Nord-Pas-de-Calais est la 16ème région pour sa surface agricole, la 12ème pour le chiffre d'affaires dégagé et la 4ème pour le nombre de salariés agricoles, précise en introduction Bruno Guermonprez, animateur du GRECAT. Elle occupe 68% du territoire régional avec 10 800 exploitations d'une taille moyenne de 75 ha. "Notre agriculture  n'a aucun problème de production en termes de volume. Ce dont elle a besoin c'est d'une fiscalité adaptée, d'aides aux investissements, de protection qualitative et d'organisation collective", ajoute-t-il. Elle se caractérise par sa grande diversité."
Selon Francis Hennebert, président de la coopérative agricole "La Flandre" et membre du CESR, "les coopératives réalisent 60% du CA de l'agriculture.
Le poids de l'agro-alimentaire dans la région ne baisse pas. Nous exportons de 800 000 à un million de tonnes de céréales via le port de Dunkerque mais on nous demande des qualités précises. Cela suppose que l'agriculture ait accès aux molécules qui lui permettent de combattre les maladies".
Jean-Marie Alexandre, vice-président du Conseil régional en charge de l'agriculture, souligne que son institution emploie pour le volet agricole cinq personnes alors que la Catalogne en a 2 000 !
"Mais nous n'avons pas les mêmes compétences, les mêmes fiscalités, ni les mêmes budgets.
Notre moyen d'action principal c'est la formation : celle des jeunes agriculteurs en équipant en informatique les lycées agricoles, publics et privés; celle des agriculteurs en général en soutenant la mutualisation de l'informatique.

Sécurisation de l’alimentation
Devons-nous aider à la transformation de bâtiments agricoles en lieux d'accueil quand les communes refusent les permis de construire ? Peut-on donner une formation certifiante à des handicapés si ensuite on leur interdit d'utiliser un tracteur ou une tondeuse ?
Il faut veiller à la cohérence des textes réglementaires français entre les diverses administrations ainsi qu'avec les textes européens".
"La demande fondamentale de la société, indique Alain Vernede, directeur régional de l'agriculture et de la forêt, est la sécurisation de l'alimentation.
Le consommateur veut de la traçabilité. Il va falloir réinventer des systèmes de production car on aura pas toujours les molécules nécessaires. Plus que jamais, la formation sera au coeur du métier d'agriculteur mais comment organiser une formation continue avec des agriculteurs de plus en plus formés ?"

 
Jean-Bernard Bayard, président de la chambre régional d'agriculture.

Jean-Bernard Bayard, président de la chambre régional d'agriculture. - © Patrick Forget / Réussir

Point de vue  -> Jean-Bernard Bayard
Président de la chambre régional d'agriculture

Le monde agricole doit être associé en amont aux décisions

"Le monde agricole, déclare Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre régionale d'agriculture, doit changer de comportement notamment en entrant dans une politique contractuelle. Il faut regarder la réalité économique comme elle se présente. C'est notre responsabilité de faire des choix, notamment en matière de foncier et les collectivités publiques doivent être associées à cette réflexion car on ne fera rien sans elles".
Certes le président Bayard reconnaît que le monde agricole est informé des projets. Mais il veut que la discussion ait lieu en amont des décisions, avec une réflexion construite. "Il faut regarder le développement économique de façon globale et associer l'EPF (établissement public foncier) et la SAFER dans un tour de table car ces deux outils sont complémentaires".
"La réflexion en amont, continue Jean-Bernard Bayard, doit également se faire en matière de réglementation environnementale : il est hyper-important que le monde agricole soit associé en amont pour construire avec les collectivités locales une activité agricole réelle. Les agriculteurs n'ont pas à devenir les jardiniers du paysage."
" Quand on parle d'utiliser le foncier pour le développement économique, il ne faut pas oublier que l'agriculture est aussi une activité économique comme les autres. Les agriculteurs sont les fournisseurs de matière première pour les industries de transformation. L'approvisionnement doit être local, ça aussi c'est une politique de territoire mais on l'oublie souvent."
Et le président de la Chambre régionale d'agriculture d'insister pour que soient définies les relations avec le monde industriel. "Attention aux concurrences entre les politiques de territoires!
Dans la région, nous avons un outil, l'EPF; il fonctionne, utilisons-le et travaillons avec lui . L'agriculture peut aider à la réorganisation foncière. Le monde agricole a des propositions à faire pour construire quelque chose dans le temps, quelque chose de durable."
 
Marc Ruscart, président de la FRSEA.

Marc Ruscart, président de la FRSEA. - ©

Point de vue  -> Marc Ruscart
Président de la FRSEA

Il faut une cohérence des actions

"Ne voir que le coté environnemental de l'agriculture est très restrictif, déclare Marc Ruscart, président de la FDSEA du Nord, à l'issue du débat organisé par le Conseil Régional. C'est une façon d'agir sur les territoires très restreinte et qui ne tend pas à faire agir tous les acteurs ensemble. Il faut prendre tous les aspects possibles du développement agricole. On ne peut imaginer l'avenir d'un Pays qu'avec ses composantes économiques, sociales et environnementales".
"Mettre l'agriculture au coeur du pays, ce n'est pas assurer la préservation de quelques zones humides ou de quelques coteaux calcaires. L'agriculture peut s'inscrire dans une vraie dynamique de protection de la ressource. Mais il faut être en situation de créer, non de s'enfermer dans un schéma. A l'aube d'une nouvelle fondation des rapports entre agriculture et société, on risque de faire beaucoup de frustrés. La préservation de la nature doit s'inscrire comme une des composantes des projets de pays, pas comme le seul élément."
"Il faut une cohérence entre les actions et non une multiplication des zones. On ne peut voir les choses isolément. Il faut du collectif qui dépasse les structures. Une chose est sûre : on ne pourra juger la politique régionale en faveur de l'agriculture qu'en fonction des réponses que nous obtiendrons aux dossiers que nous lui soumettrons. Aurons-nous une grande région pour accompagner une grande agriculture ?"
 
Henri Nallet, ancien ministre dee l'agriculture.

Henri Nallet, ancien ministre dee l'agriculture. - © DR

Réflexion -> Henri Nallet est intervenu lors du débat.

«Refonder une politique agricole commune forte et stable»

L'intervention de grands témoins lors de débats sur des enjeux d'importance apporte souvent une hauteur de vue et un angle original pour aborder les problèmes. On l'a encore vérifié l'autre jour à Lille avec l'intervention d'Henri Nallet, ancien ministre de l'agriculture, lors de la journée de débat sur l'avenir de l'agriculture régionale.

Le risque d’une pensée unique
"Nous courons le risque de la pensée unique, actuellement en Europe, affirme-t-il. Depuis vingt ans, nous nous efforçons de réduire la PAC, en la libéralisant au nom de contraintes budgétaires et de contraintes internationales. Pourquoi ? On ne sait pas. Il n'y a pas de nouvelles obligations à l'OMC, uniquement de l'idéologie : ce sera plus beau après qu'avant !"
Pour M. Nallet, le moment est propice pour refonder une politique agricole commune forte et stable. La France a aujourd'hui une bonne équipe européenne, c'est aux professionnels de faire des propositions et aux grandes collectivités de dire la place qu'elles veulent prendre, le rôle qu'elles veulent jouer, les grands principes qu'elles veulent instituer.
"Il faut obtenir que l'Europe reste une place de production essentielle agricole. Il faut de la productivité. Il faut des instruments de gestion du marché. C'est un marché essentiel, donc il doit être sous le contrôle des européens. Environnement, eau, biodiversité doivent être intégrés dans la vue qu'ont de leur agriculture les Européens. "

L’obscurantisme de José Bové
"Il faut un arbitrage entre les différents usages des sols, non pas par les SAFER mais par de nouveaux instruments. Il faut en finir avec les sottises et l'obscurantisme d'un José Bové ! La politique agricole commune est une réussite formidable que nous avons mis des années à mettre sur pied, il n'y a aucune raison de rejeter cela. Il nous faut nous mobiliser pour quelque chose de créateur de richesses et d'espoir. la conjoncture politique est favorable, ce moment ne se représentera pas …"

 

 

 

 
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