Le Syndicat Agricole 25 octobre 2012 à 10h14 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - Nouvelle campagne de communication: l’emploi agricole, un potentiel sous-estimé

Claude Cochonneau, président de la Commission emploi de la FNSEA, a répondu à nos questions dans un contexte de mobilisation du syndicat autour de l’emploi en agriculture.

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Xavier Beulin, président de la FNSEA, et Claude Cochonneau, président de la Commission emploi, ont lancé la nouvelle campagne de communication intitulée « Les métiers de l’agriculture. Ils font tourner la terre » au siège du syndicat à Paris.
Xavier Beulin, président de la FNSEA, et Claude Cochonneau, président de la Commission emploi, ont lancé la nouvelle campagne de communication intitulée « Les métiers de l’agriculture. Ils font tourner la terre » au siège du syndicat à Paris. - © Le Syndicat Agricole

L’agriculture porteuse de solutions dans un contexte de crise économique. C’est le message que la FNSEA cherche à porter à travers différentes initiatives.
D’ici Noël, 15 colloques vont être organisés à travers la France en faveur de l’emploi en agriculture, à destination des employeurs agricoles. Le thème retenu est « Ruralité, compétitivité : comment répondre aux enjeux de l’emploi agricole ». Pour la région Nord, le colloque s’est tenu le 24 octobre à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Une occasion de montrer l’importance de l’emploi dans les filières agroalimentaires et sa contribution à la vitalité des territoires ruraux. En parallèle, la FNSEA lance une nouvelle campagne de communication destinée à valoriser les métiers de l’agriculture (cf. encadré « Zoom sur… »). Dans ce contexte, Claude Cochonneau, président de la Commission emploi de la FNSEA, a répondu à nos questions.

Quel est l’objectif de ces colloques ?
Nous souhaitons avant tout valoriser l’emploi en agriculture. Montrer son poids malgré la dispersion des employeurs sur tout le territoire, malgré la petite taille des entreprises. L’agriculture permet à 1,7 million de personnes d’avoir une activité professionnelle.
Avec son amont et son aval, ce sont 3,5 millions de personnes qui travaillent dans ce secteur. Ces emplois ne sont pas facilement délocalisables. En période de crise profonde, il me semble important de rappeler à la société, et en particulier à nos décideurs politiques, le potentiel d’emplois que représente l’agriculture. Dans cet esprit, nous voulons aussi montrer que nous, employeurs, nous participons au dynamisme des territoires ruraux, à l’aménagement du territoire, à la vie sociale de nos villages. Nous désirons aussi dire que nous sommes une force pour notre pays, tant du point de vue économique que du point de vue sociétal. Or, nous sentons aujourd’hui que ce message a du mal à passer dans la classe politique.

Qu’est-ce qui vous laisse penser que l’emploi agricole n’est pas considéré à sa juste valeur ?
Il suffit de regarder les choix gouvernementaux récents : abandon de la TVA sociale, retour en arrière sur les mesures en faveur de l’emploi des salariés en CDI, amputation des exonérations de charges sociales pour l’emploi de salariés occasionnels. Ces décisions sont incompréhensibles pour un secteur comme le nôtre. L’agriculture est peut-être le secteur le plus exposé à la concurrence internationale du fait du poids de la main d’œuvre dans le prix de revient des produits. Nous faisons face à un voisin européen comme l’Allemagne qui n’impose aucun minimum de salaire dans le secteur agricole, sans parler de l’Espagne ou des pays plus à l’est. Nous avons donc besoin d’agir de manière forte sur le coût du travail pour rester compétitifs. Or, que fait le gouvernement ? Il prend le chemin inverse en renchérissant le coût du travail. La mesure d’amputation de 20 % des exonérations pour l’emploi des travailleurs occasionnels coûte aux employeurs 140 millions d’euros de charges supplémentaires ! Et la réforme du mode de financement de la protection sociale que nous appelons de nos vœux, avec la TVA sociale pour faire participer les importations à notre protection sociale, est abandonnée pour des raisons dogmatiques ! Bref, nous sommes consternés par le décalage entre les discours prônant la sauvegarde de l’emploi en France et les actes pénalisant notre compétitivité.

Lors de la Grande conférence sociale, vous aviez parlé de « Smic européen », continuez-vous à souhaiter une harmonisation européenne ?
Bien sûr, l’harmonisation est indispensable. Le dumping social de certains pays n’est plus supportable. Il faut entamer dès à présent une convergence des normes sociales entre pays européens. Toutefois, il n’est pas question de s’abriter derrière la difficulté de faire avancer ce dossier pour ne rien faire en France. Dans l’attente de progrès européens, il faut que la France fasse preuve d’un minimum d’intelligence économique pour conserver ses secteurs de production, employeur d’un grand nombre de salariés, sur son territoire. Ces emplois sont possibles grâce à la création de valeur ajoutée, fruit d’une agriculture dynamique et offensive. Les colloques que nous organisons seront l’occasion de montrer la détermination de tous les employeurs sur ce dossier.

À savoir: Le taux d’insertion à l’issue des formations agricoles est très bon

Une étude sur l’emploi en agriculture, débutée il y a plusieurs années, sera rendue publique très prochainement, selon Tristan Klein, chef de projet « Prospective des métiers et des qualifications » au Centre d’analyse stratégique (sous l’autorité de Matignon). Convié par la MSA à l’occasion de sa journée nationale, le 11 octobre à Troyes, sur le thème de « L’entrée dans la vie active des jeunes », l’expert s’est prêté à quelques confidences, livrant ainsi les premiers résultats de ses travaux menés précisément sur 3 familles de métiers agricoles : « les agriculteurs-éleveurs », « les jardiniers, maraîchers, viticulteurs » et « les techniciens et cadres de l’agriculture ».
L’étude montre tout d’abord le déclin, depuis une vingtaine d’années, du nombre d’emplois pour les agriculteurs-éleveurs, dû en partie aux transformations de l’emploi agricole. En revanche, pour la 2e famille de métiers (maraîcher, jardinier, viticulteur), l’emploi est relativement stable, avec même une légère progression à venir. Mais cette évolution est surtout impulsée par le dynamisme du secteur de la jardinerie. En revanche, l’emploi pour les techniciens et les cadres de l’agriculture est qualifié de « très dynamique ». Selon les projections du centre d’analyse, s’appuyant sur le fait que les besoins agricoles mondiaux vont perdurer, il devrait conserver ce dynamisme dans le futur.
Pour Tristan Klein, une réflexion doit être menée en agriculture sur la question de l’attractivité de la profession vis-à-vis des plus jeunes. L’étude pose aussi la question de la formation : elle note en effet une élévation du niveau de diplômes des personnes occupant ces emplois. Aujourd’hui, les non diplômés sont minoritaires. Par ailleurs, les taux d’insertion, à l’issue des formations agricoles, sont « très bons », remarque Tristan Klein, faisant valoir également un autre atout du secteur agricole : il offre des métiers dits « à stabilité professionnelle », dans le sens où, en général, on y reste longtemps.

Zoom sur... Une campagne pour renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture

Trois ans après la campagne de communication « L’agriculture, des métiers à la mode », la FNSEA a décidé de promouvoir à nouveau les métiers de l’agriculture. La nouvelle campagne a officiellement été lancée le 23 octobre à Paris. Elle a pour objectif de promouvoir la dynamique salariale du secteur de l’agriculture. « Il s’agit notamment de renforcer l’attractivité du métier auprès des jeunes », précisent Xavier Beulin, président de la FNSEA, et Claude Cochonneau président de la Commission emploi. Cette fois, la signature retenue pour la campagne est « Les métiers de l’agriculture. Ils font tourner la terre. »
Le but est aussi de combattre les idées reçues, car un sondage révèle que 14 % des Français pensent que l’agriculture n’est pas un secteur qui recrute. « Pourtant, 70 000 emplois proposés dans les secteurs agricoles, agroalimentaires et para-agricoles sont non pourvus », rappelle Xavier Beulin.
Le secteur agricole, de l’amont à l’aval, représente 3,5 millions d’emplois, dont 1,7 million directement liés à la production. « Les territoires ruraux sont vivants et attractifs et sont en mesure d’apporter un certain nombre de solutions concernant l’emploi », affirme Xavier Beulin. La campagne de communication veut montrer que l’agriculture et son environnement proposent des métiers variés, susceptibles d’intéresser les jeunes.
Les 5 visuels de la campagne seront diffusés dans la presse quotidienne régionale et dans la presse agricole départementale au cours du mois de novembre. En parallèle, une campagne d’affichage sur l’ensemble du territoire français est prévue, à l’exception des grandes villes.

Virginie Charpenet

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