Le Syndicat Agricole 05 novembre 2012 à 09h27 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - Mauvais temps, champs inondés et travaux suspendus: un scénario catastrophe!

Des épisodes pluvieux d’une rare intensité inondent les exploitations et les champs sur la zone côtière du Pas-de-Calais et dans le Dunkerquois, ralentissant en plus les travaux d’automne.

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Le plus critique est pour les éleveurs qui n’ont pas encore ensilé le moindre pied de maïs et qui se retrouvent en rupture de stock. Il faut alors compter sur la solidarité des voisins pour nourrir les vaches au quotidien.
Le plus critique est pour les éleveurs qui n’ont pas encore ensilé le moindre pied de maïs et qui se retrouvent en rupture de stock. Il faut alors compter sur la solidarité des voisins pour nourrir les vaches au quotidien. - © Le Syndicat Agricole

Depuis le 1er octobre, il est tombé en moyenne plus de 400 mm sur la zone ouest du Pas-de-Calais sur le seul week-end des 27-28 octobre, avec en prime un épisode neigeux marqué ! Du jamais vu à cette période de l’année !
Ce lundi 29 octobre, les quelque 30 à 85 ml de pluie qui ont déferlé sur le secteur côtier du département ont causé beaucoup de perturbations dans les vallées Étaploises, où l’on dénombre le plus de dégâts. Des exploitations agricoles ont été inondées sur les communes de Lacres, Frencq, Brexent-Enocq où des stabulations et des bâtiments de stockage se sont retrouvés avec plus de 50 à 70 cm d’eau !
Les travaux d’automne dans les champs sont très largement perturbés depuis ces quelques semaines, ce qui n’arrange rien... La récolte de maïs ensilage, des pommes de terre et de betteraves est loin d’être achevée, certains exploitants n’ont d’ailleurs pas encore commencé du tout.
Dans le secteur du Montreuillois, les maïs, le lin et les pommes de terre ont pu être récoltés dans l’ensemble, mais ce sont les betteraves qui posent question maintenant. Sur le Boulonnais et le Haut Pays, c’est en moyenne 40 à 50 % du maïs qu’il reste à ensiler, plus de 50 % des pommes de terre à récolter, sans oublier que plus de 70 % des betteraves sont encore dans les champs. La situation est encore plus dramatique dans le secteur du Calaisis où là, plus de 200 hectares de lin sont définitivement perdus, entre 10 % et 50 % seulement des pommes de terre sont au sec, et plus de 70 % des betteraves attendent dans les champs. Quant aux semis d’automne, ils sont aussi très largement en retard sur toute la côte ; certaines parcelles devront être semées à nouveau car elles ont été détruites. Localement, chacun tente de s’organiser pour faire face à la situation. Le plus critique est pour les éleveurs qui n’ont pas encore ensilé le moindre pied de maïs et qui se retrouvent en rupture de stock. Il faut alors compter sur la solidarité des voisins pour nourrir les vaches au quotidien.

Le président de la FDSEA 62 en visite dans 3 exploitations
Le jour de la visite de Christian Durlin dans la zone littorale, plus de 300 mm d’eau étaient déjà tombés et les sols étaient déjà gorgés d’eau comme en plein hiver. Les travaux de récolte de maïs, pomme de terre, betteraves... ou les semis d’automne s’effectuent au coup par coup dans des conditions très difficiles. Le retard s’accumule et les coûts s’en ressentent quand il faut par exemple mettre 2 ou 3 tracteurs pour sortir une remorque de maïs du champ. Attendre indéfiniment n’est pas non plus une solution car les premières gelées ne vont pas tarder.
C’est pour se rendre compte de visu de ces difficultés que Christian Durlin est allé sur le terrain rendre visite à trois exploitants.
À Samer, il a assisté à un chantier d’ensilage de maïs dans une parcelle appartenant à Jean-Louis Maillard, président du syndicat cantonal de Samer. Malgré que la parcelle soit drainée et que les dernières pluies remontaient à 72 h, il a fallu mettre un deuxième tracteur pour sortir les remorques. Une seule consolation, le maïs doit être de bonne qualité, ce qui est loin d’être la règle générale dans la région. « La situation devient très inquiétante pour les éleveurs. Ils sont obligés de rentrer leurs animaux sans avoir encore pu réaliser les ensilages pour beaucoup d’entre eux. Le problème de la nourriture des troupeaux va vite se poser », souligne le président.
À Les Attaques, Christian Durlin et le responsable syndical cantonal, Pierre Lavallée, ont pu voir l’investissement qu’a fait le Gaec Deconninck dans une « rigoleuse » en début d’année, outil qui permet de faire des tranchées et d’évacuer l’eau vers les fossés. Grâce à cet outil et aux variétés précoces de pomme de terre qu’ils ont mises en place, les exploitants ont pu sauver une bonne partie de leur culture, mais il reste encore quelques hectares à récolter où l’eau stagne dans les points bas. Il est impossible à ce jour de rentrer une machine dans les terres ; le lin est lui aussi sous les eaux en train de se décomposer...
À Saint-Folquin, un ami de Chantal Deboudt essaye éperdument d’évacuer l’eau en faisant des rigoles avec sa bêche. La situation est critique. Sur les 5 ha de pommes de terres plantés, seulement 1 ha a été récolté pour de la vente directe. L’exploitante est en rupture de stock, elle est obligée de s’approvisionner à l’extérieur pour répondre à la demande. Elle rapporte à Christian Durlin et Florian Leulliette, responsable syndical du canton d’Audruicq, qu’elle a déjà perdu 2 clientes !
Le déplacement a aussi donné l’occasion au président de la FDSEA 62 d’échanger avec la presse sur la vulnérabilité de l’activité agricole face aux aléas climatiques et sur la nécessité de renforcer les outils dans le domaine fiscal ou assuranciel pour permettre aux exploitants d’y faire face.
Il est bien sûr trop tôt pour tirer un bilan définitif de cette année 2012 calamiteuse, mais il est sûr qu’elle laissera des traces dans les esprits et les comptabilités.

Zoom sur... Pommes de terre : arrachages perturbés, l’UNPT se mobilise

Les conditions climatiques n’auront pas épargné la pomme de terre cette année :
- printemps froid et humide entraînant des plantations parfois très tardives ;
- mois de juillet généralement très arrosé, avec une pression mildiou au plus haut ;
- mois d’août, jusqu’à mi-septembre, très sec, engendrant des irrigations en culture tardives, mais aussi des apports d’eau spécifiques pour pouvoir arracher dans des conditions optimales et préserver la qualité des tubercules ;
- dernière partie de septembre et octobre particulièrement pluvieux.
Les conditions météo de début novembre, avec une baisse sensible des températures et des pluies régulièrement annoncées laissent craindre, pour certains producteurs, le pire.
Alors que certains secteurs ont terminé les arrachages, d’autres peinent à progresser dans les récoltes. Certaines parties de la bordure maritime sont plus particulièrement concernées, de la Normandie au Nord-Pas de Calais.
Il est actuellement impossible de pénétrer dans certaines parcelles. Les machines et équipements les plus performants sont sollicités. Un risque de non récolte existe.
Fort de ce constat, l’UNPT appelle les producteurs et les acteurs économiques de la filière à faire preuve de solidarité envers les exploitations et les structures concernées, pour pouvoir récolter l’ensemble des surfaces de pommes de terre emblavées en France en 2012. L’UNPT recense donc les possibilités de mise à disposition de matériel adéquat (automotrice, arracheuse à pont moteur...).
Contact : 01 44 69 42 40 ou par mail : unpt@producteursdepommesdeterre.org.

Précisions: Le ciel est tombé sur la tête des agriculteurs du littoral Dunkerquois

2012 sera une année noire : depuis le début de l’année, nous avons connu des excès de pluie ou de sécheresse. Les agriculteurs de l’arrondissement de Dunkerque sont sans doute les plus touchés du département du Nord.
Le printemps a été marqué par un grand retard dans la plantation des pommes de terre, des foins impossibles à rentrer, des interventions de traitements compliquées, pour arriver à une récolte de céréales décevante en quantité et en qualité.
Du côté des légumes industriels, la piètre qualité des récoltes est la conséquence directe des mauvaises conditions climatiques. En août, la sécheresse a empêché les lins de rouir, pénalisé le rendement en pommes de terre et n’a pas permis aux colzas de lever correctement.
Depuis, c’est l’excès inverse, les lins trop rouis sont perdus. Pour le Nord, ce sont 150 ha de perdus, principalement en zone maritime.
Les sols détrempés transforment les parcelles en champs de bataille au moindre passage d’un tracteur. Le maïs n’est toujours pas terminé, avec même des champs où les plantes sont couchées. Côté pommes de terre, il reste de 5 à 90 % des surfaces non arrachées.
Les champs sont gorgés d’eau, la pourriture ou le gel risquent d’anéantir définitivement ce qui ne pourra être rapidement arraché. Les arrachages de betteraves ont pris beaucoup de retard et des tares de 25 à 30 % de terre sont annoncées. Les producteurs de légumes galèrent dans la boue. Se tourner vers l’avenir avec les futurs emblavements ? Les plus de 200 mm d’eau tombés rendent les structures de sol lamentables. Résultat, les semis de céréales sont bloqués.
La prochaine récolte est donc bien mal engagée.

Francis VERMERSCH, Président de l’arrondissement de Dunkerque

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