Le Syndicat Agricole 16 mai 2013 à 10h46 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - Les producteurs de porcs montent à leur tour au créneau

Les éleveurs de porcs se mobilisent dans toute la France pour exiger une revalorisation immédiate du prix du porc, de façon à couvrir les coûts de production.

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Dans la région, le contrôle des camions mené sur l’A1 n’a pas permis de relever d’irrégularités. Par contre, la même 
opération menée en Bretagne a permis aux éleveurs de trouver 2 camions remplis en totalité de viande espagnole.
Dans la région, le contrôle des camions mené sur l’A1 n’a pas permis de relever d’irrégularités. Par contre, la même opération menée en Bretagne a permis aux éleveurs de trouver 2 camions remplis en totalité de viande espagnole. - © Le Syndicat Agricole

Après les producteurs de lait, c’est au tour des éleveurs de porc de manifester leur mécontentement. Le 14 mai, la FNSEA, les JA et la Fédération nationale porcine (FNP) ont appelé les éleveurs de porcs à se mobiliser massivement. Dans une trentaine de départements, surtout dans l’Ouest, le Nord, le Massif central et le Sud-Ouest, ils ont multiplié les actions sur le terrain, comme la chasse aux camions pour vérifier l’origine des produits, des opérations coup-de-poing dans les entreprises d’abattage et de transformation salaisonnerie, voire des opérations de stickage dans les grandes surfaces, pour sensibiliser les consommateurs à l’origine des produits.

Une meilleure visibilité pour l’origine France
Les éleveurs demandent d’abord une revalorisation immédiate des prix à la production pour couvrir les coûts de production. « Depuis plusieurs mois, on a un prix de vente inférieur aux coûts de production. Il nous manque 25 à 30 centimes par kilo de carcasse pour que l’activité soit rémunératrice, les éleveurs sont à bout de souffle », a expliqué Jean-Michel Serres, le président de la Fédération nationale porcine, à la veille de la mobilisation. Les producteurs sont d’autant plus remontés que la crise dure depuis 6 ans, et que le prix du porc à la production n’a jamais rattrapé celui des aliments du bétail, à l’exception d’un intermède de quelques mois en 2009, quand les prix des céréales se sont effondrés. L’Institut technique du porc (Ifip) rappelle dans une étude publiée en avril que le prix de l’aliment au mois de mars 2013 était 26 % au-dessus du niveau du mois de mars 2012. Alors que dans le même temps, le prix du porc payé aux éleveurs, lui, ne progressait que de 3 %.
De son côté, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture a estimé « possible » la hausse de 25 euros le kilo de porc demandée par la FNP pour faire face à l’augmentation des coûts de production.
« Je vais organiser et forcer chacun dans la filière à faire en sorte qu’on augmente le prix, c’est ce qu’on a fait sur le lait, mais ce sont des acteurs commerciaux privés qui sont en jeu », a déclaré le mardi 14 mai le ministre sur France Info.
Les producteurs déplorent aussi que les efforts réalisés pour mettre en avant l’origine française dans les linéaires et financés par les producteurs dans le cadre de l’interprofession Inaporc, ne soient pas toujours suivis d’effet par les transformateurs et les distributeurs. « 40 % seulement des références dans les linéaires sont identifiés viande porcine française. Les éleveurs attendent un retour sur investissement », insiste le président, amer. Les importations ont fortement progressé, notamment de pièces FRC (viandes fraîches réfrigérées et congelées) et de VSSF (produits transformés à plus haute valeur ajoutée), dont le solde commercial est négatif de respectivement 141 millions d’euros et 223 millions d’euros en 2012, selon l’Ifip. La filière entend donc aussi soutenir la production française face aux importations de produits porcins moins chers, venus d’Espagne notamment. « On ne peut plus accepter de jambon de Paris fabriqué à partir de productions porcines espagnoles », lance Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d’Armor.

Restructuration de la filière
À plus long terme, c’est la compétitivité de la filière française qui est posée. « Il en va de la sauvegarde de la production porcine française », s’inquiète Jean-Michel Serres. Le cheptel porcin français s’effondre. À la fin de l’année, il atteindra 23 millions de têtes, contre 25 millions en 2010. Les abatteurs encaissent des charges de structure de plus en plus élevées qui plombent leur compétitivité. Et contrairement à la France, l’Allemagne recourt massivement à des travailleurs étrangers employés par des sociétés prestataires de service.
L’avantage procuré est estimé à 5 centimes par kilo dans les abattoirs outre-Rhin. Ainsi, la filière française perd pied, comme le montrent les difficultés du groupe Cecab qui ne trouve pas de repreneur pour l’un de ses abattoirs. Un phénomène qui ne touche pas seulement la filière porcine, mais désormais l’ensemble de l’agroalimentaire « qui perd des emplois pour la première fois », selon le président de la FNSEA. C’est pourquoi Xavier Beulin en appelle aux pouvoirs publics à « une action déterminante pour restructurer la filière porcine », notamment au travers de la Banque publique d’investissement. En attendant le vote de la Loi sur la consommation prévu en juin, qui devrait permettre aux éleveurs de répercuter dans leurs prix les hausses importantes du prix des aliments du bétail.

Précisions : Système U propose une revalorisation de 30 cts/kg

Lors de la mobilisation du 14 mai, les éleveurs ont également appelé l’ensemble des distributeurs à suivre l’initiative de Système U. Le distributeur propose en effet de revaloriser de quelques centimes l’origine française dans les linéaires et de l’affecter aux éleveurs, du moins pendant une période donnée. « Nous sommes favorables à une revalorisation du prix d’achat du porc de 30 centimes d’€ le kilo », a déclaré à Agriculture Information, Thierry Desouches, le directeur des relations extérieures de Système U.
Il y met néanmoins deux conditions : d’abord que « toute la distribution s’engage sur cette proposition », et que « nous soyons assurés que les producteurs recevront cette somme », dans la mesure où les distributeurs n’achètent pas la viande et la charcuterie aux éleveurs mais aux abattoirs et aux transformateurs. Aussi souhaite-t-il que les pouvoirs publics prennent des initiatives en ce sens, comme ils l’ont fait dans le secteur laitier en nommant un médiateur.
Des contacts sont d’ores et déjà établis avec Carrefour et Leclerc. « Carrefour semble plutôt favorable. Quant aux distributeurs Leclerc, il nous est difficile de savoir ce qu’ils en pensent », estime Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d’Armor. D’autres rencontres avec la distribution sont prévues dans les jours à venir.
En tout cas, pour Système U, cette hausse ne peut être que « temporaire », ce qui n’exclut pas pour le long terme, « une réflexion sur le fonctionnement de la filière porcine ».

Zoom sur... « Vos papiers ! » : opération Police des Viandes sur l’A1

À la veille de la journée nationale d’action du 14 mai, et à l’appel de la Fédération nationale porcine (FNP), des Sections porcines des FDSEA du Nord et du Pas-de-Calais et de JA, une cinquantaine d’agriculteurs de la Somme et du Nord se sont retrouvés pour une action coup-de-poing lundi matin.
Le rendez-vous était fixé à 5 h 30 au péage de Fresnes-lès-Montauban, sur l’autoroute A1, dans le sens Lille-Paris. Première opération d’une longue série dans toute la France.
Équipés de herses et de ballots de paille, les agriculteurs ont stoppé les camions frigorifiques afin de contrôler l’origine des viandes transportées, et également relever d’éventuelles infractions.
Les conducteurs se sont montrés coopératifs et ont accepté d’ouvrir leurs remorques. Sur la série de camions contrôlés, les producteurs n’ont pas trouvé d’arrivages suspects, ni de conditions de transport ou d’hygiène anormales. La cible était plus particulièrement le porc issu d’autres pays de l’Union européenne. Le porc français doit faire face à d’importantes distorsions de concurrence par rapport à eux, notamment avec l’Allemagne où le coût de la main d’œuvre est de deux tiers inférieurs à la France.
En parallèle, les agriculteurs ont distribué des tracts aux automobilistes afin de faire part de leur situation et exprimer leurs revendications sur la nécessaire augmentation des prix et la nécessité de privilégier l’origine française. La présence de France 3 a permis d’assurer une bonne couverture médiatique de l’opération.
Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP), et présent sur place avant de partir pour la conférence de presse à Paris, a rappelé aux médias que ces actions font suite aux opérations déjà réalisées ces dernières semaines, et qu’elles vont se prolonger sur tout le territoire national. Elles expriment le désarroi et l’état d’exaspération des producteurs de porc face à une situation économique intenable. Cette opération de terrain était importante pour maintenir la pression sur l’ensemble des acteurs, dans l’attente du résultat des négociations engagées au niveau national.

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