Le Syndicat Agricole 26 novembre 2012 à 10h23 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - Les producteurs de Légumes de France réclament leur part de compétitivité

Réunis à Dunkerque pour leur 56e congrès, les 15 et 16 novembre, les producteurs de Légumes de France ont interpellé le ministre de l’Agriculture sur le coût du travail.

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Face aux demandes des producteurs sur le maintien du dispositif TODE, Stéphane le Foll a campé sur ses positions et même surenchéri, s’appuyant sur le pacte compétitivité du gouvernement : « L’ensemble du dispositif est désormais beaucoup plus avantageux pour vous que celui qui existait auparavant ».
Face aux demandes des producteurs sur le maintien du dispositif TODE, Stéphane le Foll a campé sur ses positions et même surenchéri, s’appuyant sur le pacte compétitivité du gouvernement : « L’ensemble du dispositif est désormais beaucoup plus avantageux pour vous que celui qui existait auparavant ». - © Le Syndicat Agricole

La présidente des producteurs de Légumes de France, Angélique Delahaye, est venue le 15 novembre à Dunkerque, avec son vélo d’appartement. Dans son discours d’ouverture du 56e congrès de l’association spécialisée de la FNSEA, en présence de Stéphane Le Foll, elle s’est appuyée sur l’engin pour tenter de dénoncer « l’énergie folle » dépensée par les producteurs de légumes « pour faire du sur-place ». Car, dans ce contexte « anxiogène et difficile », ce sont les maraîchers qui trinquent encore, selon elle. À l’origine : l’article 60 du projet de loi de finances 2013 (PLF) sur la réduction de l’exonération des cotisations sociales pour les travailleurs saisonniers, dont « nous réclamons la suppression », a-t-elle rappelé une semaine après la manifestation de producteurs devant l’Assemblée nationale pour protester contre la mesure. « Nous maintenons évidemment notre position », a déclaré la présidente, tout en remettant au ministre les classeurs rassemblant les bulletins de salaires de son entreprise et du groupement d’employeurs auquel elle adhère. « J’emploie une quarantaine de saisonniers. Cette réduction va entraîner pour moi une augmentation de 50 à 250 € par mois et par salarié ».

Coût du travail : de la position défensive à la dynamique
Mais, comme la semaine passée, les deux partis ne sont pas parvenus à s’entendre sur les chiffres, en raison des heures supplémentaires – prises en compte par les producteurs et mises à l’écart par le ministre, qui considère que le dispositif ne s’applique que sur les heures dites normales.
Pour le reste, « il existe des exonérations sur les heures supplémentaires pour les entreprises de moins de 20 salariés », a reprécisé le ministre de l’Agriculture. Seulement, pour les producteurs de Légumes de France, c’est insuffisant. Quid des entreprises de plus de 20 salariés ? « Si les heures supplémentaires sont sorties du dispositif, nous serons amenés à restreindre leur nombre et pour cela, il nous faudra arbitrer entre prix du kilo de légumes payé et coût des heures supplémentaires à effectuer pour les récolter », a souligné Angélique Delahaye.
Stéphane Le Foll a proposé une autre vision : d’abord, l’exonération des cotisations sociales sur les travailleurs occasionnels, même réduite, reste un atout pour les employeurs de l’agriculture. En outre, dans le cadre du pacte de compétitivité prévu par le gouvernement, a été mis en œuvre le crédit d’impôt qui s’appliquera aux entreprises agricoles. « Des mesures ont été prises pour permettre à votre activité d’être en position dynamique et pas uniquement défensive », a indiqué le ministre de l’Agriculture.
Mais pour Angélique Delahaye qui, « comme Saint thomas ne croit que ce qu’elle voit », la messe est loin d’être dite. Les producteurs de Légumes de France continueront durant ces prochaines semaines leur lobbying auprès des parlementaires en vue de supprimer le fameux article 60 de la PLF 2013.

Agir aussi sur la fiscalité et les coûts énergétiques
En matière de compétitivité, le syndicat spécialisé a voulu également rappeler au ministre que le coût du travail n’était pas le seul levier. Il y a aussi celui de la fiscalité.
Pour gérer les aléas économiques, climatiques et sanitaires, les entreprises légumières doivent pouvoir épargner et défiscaliser une partie des revenus, a martelé Angélique Delahaye : « il faut rendre opérationnelle la DPA (Dotation pour aléas), en réintroduisant les aléas économiques, de façon à permettre une gestion par l’entreprise des successions de bonnes et de mauvaises années et en la rendant indépendante des outils d’assurance récolte ». La diminution des coûts énergétiques est par ailleurs susceptible de « nous redonner de la compétitivité », a-t-elle argumenté, et cela peut se traduire par un soutien à la modernisation des serres maraîchères notamment. Sur ce point, le ministre de l’Agriculture a annoncé l’étude d’un « plan énergie » pour les serristes, comprenant un volet cogénération, et un autre volet économies énergétiques.
La convergence sociale, fiscale, environnementale à l’échelle européenne est enfin un levier vivement sollicité par les légumiers, qui ont souhaité en bout de course rappeler à Stéphane Le Foll la particularité de leurs difficultés : les légumes sont périssables, non stockables et à offre et à demande aléatoires, ont-ils insisté, en réaffirmant, aussi, au ministre, leur volonté de relever la tête du guidon pour, avec lui, résoudre cette singulière équation de la compétitivité.

Les réactions au discours de Stéphane Le Foll

« Je suis venu cet après-midi vous dire que je serai là pour vous accompagner et vous soutenir (...) Nous avons à construire ensemble l’avenir. » Malgré ses talents d’orateur, le message du ministre de l’Agriculture sonne creux dans un auditorium un peu vide. Pour la plupart des congressistes présents, ce dernier « n’a rien dit ». Rien sur le dossier des plans de campagne, rien sur l’aménagement du droit de la concurrence, rien sur le renforcement des organisations de producteurs. En clair, Stéphane Le Foll, faute de temps peut-être, n’a pas évoqué les sujets les plus « sensibles » pour l’avenir de la filière.

MDS

Zoom sur... Xavier Beulin clôture le Congrès des Légumes

À l’issue du Congrès des Légumes et juste avant l’inauguration de l’événement Légumes dans la Ville, le président de la FNSEA est revenu sur les différents sujets abordés lors de ces 2 jours de débats et qui font l’actualité de la filière légumes. Au sujet de la compétitivité, il a réaffirmé que c’était un enjeu majeur, vu la concurrence à laquelle le secteur est très fortement exposé. Et de rappeler la problématique autour des charges salariales : « Nous avons une action à mener pour faire en sorte que ce qui apparaît aujourd’hui comme des distorsions de concurrence, dans l’Europe à 15 en particulier, soit repensé. Enregistrer des différentiels de 4 à 6 € de l’heure travaillée, ça n’est pas supportable. Dans le même temps, il faut une inflexion forte sur les charges qui pèsent sur les salaires en France. » Concernant les travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi, Xavier Beulin a insisté : « Nous voulons remettre en place le dispositif TODE tel que nous le connaissons ». Et d’annoncer, à propos du crédit d’impôt : « C’est une information qui m’a été confirmée hier soir par le conseiller spécial du président de la République ; il y aura bien cumul du dispositif TODE avec le dispositif permanent : le crédit d’impôt de 3 puis 6 % sur la masse salariale s’appliquera sur l’ensemble des salaires versés par les entreprises, y compris les TODE ».
À propos des relations commerciales et de l’organisation de la production, le président de la FNSEA a rappelé sa position sur la contractualisation : « C’est un moyen parmi d’autres, mais ce n’est pas une fin en soi ; à nous de l’utiliser à bon escient. Nous devrions cependant réfléchir à l’opportunité qu’il y aurait à faire en sorte que ce que nous avons obtenu dans le paquet lait, notamment en matière d’organisation de producteurs, puisse être appliqué dans d’autres secteurs. Il faut que nous ayons les moyens d’organisation pour avoir la capacité de réaction nécessaire aux crises comme celle d’E. coli. » Xavier Beulin a ajouté qu’il était « interrogatif sur l’application de la LME (Loi de modernisation de l’économie, ndlr) en France ; elle n’a jamais été l’objet du moindre décret à la suite de sa promulgation ».
Le président de la FNSEA a alors conclu sur l’avenir du secteur, générateur d’emplois, de chiffre d’affaires, d’exportations. « Nous avons un potentiel réel à faire valoir, a-t-il déclaré. Qui sait que la sphère agricole génère en France 3,5 millions d’emplois, dont 1,7 million dans la production ? Personne ne le sait, on ne le dit pas assez. Ce sont pourtant des emplois qui amènent une valeur ajoutée collective et un vrai débouché. En 2011, nous avons signé en agriculture près de 4 000 contrats de réinsertion professionnelle ; plus de la moitié des gens qui ont bénéficié de ces contrats ont retrouvé un emploi en CDI. Aucun autre secteur ne peut se prévaloir d’un tel score. Le contact avec la nature, les animaux, c’est aussi ce qui parfois redonne du sens à des gens qui ont perdu tout dynamisme, toute motivation. »

Laura Béheulière

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