Le Syndicat Agricole 31 mai 2013 à 09h55 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - Les mille et une conséquences du désordre climatique

Grandes cultures, légumes, élevage, dans le Nord-Pas de Calais comme dans le reste de la France, aucune production n’est épargnée par le manque de soleil et de chaleur.

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Dans la région, la production légumière accuse 15 jours à
3 semaines de retard. Si le retour de la chaleur est attendu, elle fait tout de même craindre aux professionnels une forte accélération de la pousse avec pour conséquence un télescopage de la production.
Dans la région, la production légumière accuse 15 jours à 3 semaines de retard. Si le retour de la chaleur est attendu, elle fait tout de même craindre aux professionnels une forte accélération de la pousse avec pour conséquence un télescopage de la production. - © Le Syndicat Agricole

Les agriculteurs craignaient la sécheresse et la chaleur, mais c’est la pluie et le froid qui frappent. La plupart des cultures sont touchées par ce climat qui retarde la végétation, crée des aléas économiques. L’élevage est lui aussi victime du ralentissement de la repousse de l’herbe. D’où des coûts supplémentaires en aliments composés. Les coûts définitifs ne sont pas encore connus. Revue des différentes activités agricoles aux prises avec un climat d’exception.

Le rendement en colza dans le bas de la fourchette
« La production d’oléagineux devrait accuser une baisse sensible pour la campagne 2012-2013 », estime André Pouzet, directeur du Cetiom (institut technique de la filière). Elle souffre de la météo, depuis la sécheresse en fin d’été 2012, lors des semis, jusqu’aux pluies abondantes du printemps, principalement dans le grand Est. Le manque d’ensoleillement actuel gêne la floraison du colza. « Les cultures de colza d’hiver ont souffert des aléas climatiques, depuis le semis : les conditions sèches jusqu’à la fin du mois de septembre ont entraîné des retards à la levée et beaucoup d’irrégularité de peuplement. Par la suite, le contrôle des adventices a été très difficile et au printemps, l’excès de pluviométrie et le manque d’ensoleillement ne permettent pas d’envisager un rattrapage en fin de cycle. Du coup, le rendement, qui se situait depuis 2 ans à un niveau historiquement élevé, autour de 34 quintaux par hectare, pourrait se rapprocher d’une moyenne basse, autour de 30 q/ha. » Cette chute attendue, d’environ 10 %, n’écarterait toutefois pas le colza de sa fourchette décennale. Elle le situerait en limite inférieure des 30 à 35 q/ha constatés depuis 10 ans.

Inquiétude pour le maïs non semé
« Pour les quelque 80 % de surfaces semées en maïs, il n’y a pas d’inquiétude à ce stade », juge-t-on à l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs). Le chiffre est assez proche de celui observé l’an dernier. D’après l’indicateur Céré’Obs de France-AgriMer au 17 mai, les semis de maïs grain atteignent 81 % en semaine du 6 mai, contre 79 % à la même époque en 2012. Le stade 5 à 6 feuilles est atteint pour les cultures les plus avancées. À cause du froid, certaines peuvent sembler pâlichonnes. « Ce n’est pas grave : la plante vit encore sur les réserves de la graine, explique-t-on à l’AGPM. Attention toutefois, dès le stade 7 feuilles, de meilleures conditions de température et d’ensoleillement seront nécessaires. » La plus grosse inquiétude vient du maïs non semé.

Céréales d’hiver : quel impact du manque de soleil ?
« L’état des cultures céréalières est plutôt flatteur, rassure Jean-Charles Deswarte, chez Arvalis. Il y a bien un déficit d’ensoleillement ces dernières semaines, qui nuit à la photosynthèse, mais aucun stress azoté ou hydrique. » Dans la majorité des régions, le développement a pris du retard et la montaison est particulièrement longue. Le manque de rayonnement n’arrange pas les perspectives de croissance des cultures. Mais le risque le plus élevé concerne la « méiose pollinique », un stade crucial de la plante. « En cas de rayonnement trop faible à la méiose pollinique, la fertilité du pollen chute, explique le spécialiste. Le résultat est un manque de grains par épi. Cela ne peut être vérifié qu’après la floraison. » Un tel phénomène demeure rare.

Les éleveurs de bovins remettent les animaux dans les bâtiments
« Dans les races à viande, la mortalité des jeunes veaux augmente », explique Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB). Les conditions météorologiques anormales ont des conséquences lourdes sur la tenue des élevages dans toute la France. Avec le froid et l’humidité, les veaux meurent d’hypothermie s’ils sont à l’extérieur. La mortalité des animaux est plus forte cette année qu’une année normale. « Les éleveurs ont mis les animaux à l’herbe depuis 2 ou 3 semaines. Avec les températures basses, certains les ont rentrés à nouveau à cause du froid et de la pluie », précise Guy Hermouët, vice-président de la FNB, le 23 mai. C’est le cas en Corrèze, comme l’explique Pierre Chevalier, mais aussi dans d’autres zones d’élevage (Bourgogne, Pays de la Loire, Cantal...).
Le mauvais climat a aussi des conséquences directes sur la pousse de l’herbe. En premier lieu, c’est la quantité d’herbe qui est touchée. Si les professionnels précisent que la quantité d’herbe produite pourrait être rattrapée par une amélioration des conditions climatiques, la qualité, elle, sera altérée durablement. « Le piétinement des animaux enfouit l’herbe et la mélange avec de la terre », explique Guy Hermouët. La qualité nutritionnelle est affectée et cela se manifeste chez les animaux par des diarrhées. Concernant la production de viande proprement dite, « il n’y aura pas de pertes », précise Guy Hermouët. En revanche, il y aura des retards sur les vêlages du printemps prochain et des conséquences sur le renouvellement du cheptel reproducteur.

Une collecte laitière en baisse
Pour les producteurs de lait, la météo commence aussi à peser. Pendant les deux premières semaines d’avril, la collecte française était de 8 % inférieure à celle de 2012, selon les chiffres du sondage lait de vache de France-AgriMer. Elle remonte peu à peu depuis : entre le 6 et le 12 mai 2013, elle était 2 % moins élevée qu’à la même période l’année dernière. « On assiste à une pousse de l’herbe moins bonne avec une valeur alimentaire moindre. On va avoir une collecte laitière en baisse », constate Thierry Roquefeuil, éleveur dans le Lot et président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « On ne peut pas travailler dans les champs à cause de l’eau, ni ramasser les fourrages. Il faudra continuer d’alimenter les animaux avec des céréales achetées, ça va renchérir le coût de production », explique-t-il.

Fruits et légumes : un retard de 2 à 3 semaines
Les productions de fruits et légumes accusent un retard de 2 à 3 semaines en raison du mauvais temps et pour certaines, la saison est déjà compromise par endroits, affirment les producteurs contactés. « Ce n’est pas encore la catastrophe, mais il y a de quoi s’inquiéter au regard des prévisions météo pour les semaines à venir », résume Emmanuel Demange, directeur de la Fédération des producteurs de fruits et légumes (FNPF), qui « espère fortement le retour du beau temps pour éviter les risques de perte ».

Zoom sur... La région n’est pas épargnée par les retards aux champs

Quel que soit le type de cultures, en région, la pousse accuse un retard de 2 à 3 semaines. « En maïs, on constate un problème d’absorption du phosphore », indique Daniel Février, responsable du pôle Productions végétales à la Chambre d’agriculture de région. En betteraves, l’installation du feuillage se fait attendre. « Si la chaleur tarde encore à arriver, il y a un risque d’incidence sur le rendement final », estime Daniel Février. En blé, les semis de printemps sont encore en herbe, mais rien d’alarmant ; pour les semis d’automne, malgré le retard d’épiaison, le potentiel serait encore intact. « Concernant la fertilisation azotée, le manque de température pose problème, mais il faut raisonner ses interventions car si la chaleur revient, la nutrition azotée va jouer son rôle et on aura alors un risque de verse ou d’échaudage pour les blés plus tardifs », précise le conseiller.
En légumes, Dominique Werbrouck, directeur du pôle Légumes, met en garde contre les problèmes sanitaires qui pourraient survenir à la faveur de l’affaiblissement des plantes. Les professionnels attendent le retour de la chaleur, mais le redoutent aussi, car l’accélération de la pousse pourrait entraîner un pic de production et un souci de télescopage. « Que ce soit en fraises, en choux-fleurs ou en salades frisées, la production pourrait s’accélérer brutalement avec une hausse des températures », indique Laurent Bouchard, directeur du Marché de Phalempin.
En élevage, même si elle a démarré tard, la pousse de l’herbe a finalement démarré. Au total, ce sont 3 semaines de mise à l’herbe qui ont été perdues. Les difficultés maintenant sont les conditions pour faire pâturer dans certaines zones, à cause du piétinement.
« La récolte est plus tardive et de moins bonne valeur pour les animaux, ce n’est donc pas un problème de quantité mais de valorisation », indique Jean-Marie Lebrun, conseiller du pôle Productions animales à la Chambre d’agriculture. Par ailleurs, du fait de la mise à l’herbe plus tardive, les agriculteurs ont plus consommé les stocks d’été dans certaines zones. « C’est compliqué pour les zones où il y avait déjà eu une mauvaise récolte en 2012, notamment dans le Boulonnais, précise Jean-Marie Lebrun. On peut être inquiet pour l’alimentation d’été, il y aura des difficultés pour trouver de la paille ». Et d’ajouter : « Les agriculteurs doivent anticiper et faire le calcul de ce qui va manquer cet été en fourrages, pour compléter avec des céréales ensilées ou des coproduits dans un mois ».

V. CH. et L.B.

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