Le Syndicat Agricole 18 avril 2013 à 13h41 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - L’élevage doit devenir une cause nationale pour les pouvoirs publics

FNSEA-JA a lancé le 12 avril une journée nationale d’action pour défendre l’élevage français. Un appel relayé tout le week-end sur le terrain dans la région.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Vendredi 12 et samedi 13 avril, de nombreuses actions ont été menées partout dans la région. Objectif : remettre à plat les relations commerciales et contractuelles entre producteurs et grande distribution et obtenir une revalorisation des prix. Sur la photo, l’opération menée au Auchan d’Arras.
Vendredi 12 et samedi 13 avril, de nombreuses actions ont été menées partout dans la région. Objectif : remettre à plat les relations commerciales et contractuelles entre producteurs et grande distribution et obtenir une revalorisation des prix. Sur la photo, l’opération menée au Auchan d’Arras. - © Le Syndicat Agricole

L’élevage est un atout considérable pour la France : souveraineté alimentaire, balance du commerce extérieur, emploi, économie des zones rurales, occupation du territoire, maintien des paysages et de la biodiversité... Mais notre élevage est menacé par la perte de compétitivité des filières françaises, par des revenus très volatils et de faible niveau et par une mise en cause permanente de la part de certaines associations sur des préoccupations sociétales. Le combat FNSEA-JA est que l’élevage soit reconnu à sa juste valeur : une cause nationale pour le redressement productif de la France.
La semaine passée, c’est tout l’élevage français qui a présenté ses cahiers de doléances et lancé un appel au secours pour obtenir du gouvernement une amélioration des relations commerciales et contractuelles, avec une révision de la LME et un arrêt de l’empilement des normes sanitaires et environnementales, véritables freins à la compétitivité. Quant aux transformateurs et distributeurs, leur rôle est clair : ils doivent dès maintenant appliquer des hausses de prix, justifiées par l’augmentation des coûts de production.
Le constat est clair. Tout le monde sait que, sans une hausse des tarifs rapide et substantielle, c’est la disparition de l’élevage au profit de la végétalisation qui s’organise et c’est insupportable.
Il en va de l’avenir des filières animales dans notre pays. La responsabilité de chaque maillon est engagée. Nous assumons la nôtre, aux transformateurs, distributeurs et Gouvernement d’enfin prendre la leur.

Des actions sur tout le territoire
Plus de 15 000 producteurs ont répondu présent sur tout le territoire, dans 82 départements. Les cibles désignées étaient les préfectures, les sous-préfectures et la grande distribution. Dans notre région, de nombreuses actions ont eu lieu, avec une forte mobilisation dans tous les arrondissements.
Dans le Nord, ce sont les services de l’État qui ont été visés et auxquels les agriculteurs ont porté un cahier de doléances. Les GMS n’ont pas été oubliées durant cette journée.
Le centre-ville de Lille a été investi par 150 agriculteurs, 50 tracteurs, vaches et cochons. Ils ont bloqué toute l’après-midi la place la République et le boulevard de la Liberté. Une délégation a été reçue en préfecture pour faire part des revendications et en appeler de nouveau à l’intervention des responsables politiques et de l’administration. En parallèle, une délégation de JA s’est rendue au Carrefour d’Euralille et a constaté la présence de lait allemand. Les palettes ont été sorties et distribuées aux passants dans le centre commercial.
Carrefour s’est engagé à distribuer le stock restant à Emmaüs (ce qui a été fait dès le samedi, preuve à l’appui) et à ne proposer à l’avenir que du lait français.
À Valenciennes, une cinquantaine d’agriculteurs du secteur et du Cambrésis ont mené une opération escargot en tracteur dans le centre-ville, avant d’être reçus par le sous-préfet. À Avesnes-sur-Helpe, une délégation d’éleveurs a aussi rencontré le sous-préfet. Plus tôt dans la journée, les agriculteurs avaient investi le magasin Auchan Louvroil pour mener une opération remplissage de caddies et blocage des caisses.
Le sous-préfet de Douai a reçu les représentants de l’arrondissement qui lui ont remis le cahier de doléances et abordé les problématiques locales de l’élevage.
Dans le Pas-de-Calais, depuis 5 semaines, des actions sont menées dans le département, dans toutes les enseignes. Les pouvoirs publics, sensibilisés aux problématiques de l’élevage, ont demandé à la FDSEA d’organiser une journée de rencontres. C’est ainsi que le 11 avril, Christian Durlin, président de la FDSEA 62, Guillaume Caron, coprésident des JA 59-62, et Serge Capron, président de l’ADPL, ont rencontré le préfet lors d’une visite chez Bernard Boulet. La problématique de l’élevage a été expliquée et le cahier de doléances remis au préfet.
En parallèle, des rendez-vous ont été pris avec les députés pour leur faire part des problèmes rencontrés dans l’élevage et demander leur appui au Parlement.
La pression a été maintenue par un mouvement rassemblant 200 agriculteurs, 100 tracteurs sur Arras et Aire-sur-la-Lys, le samedi après-midi.

Des avancées encore timides
Ces actions, faisant suite aux négociations nationales en cours, permettent de maintenir la pression sur l’ensemble des parties prenantes.
Une table ronde lait s’est déroulée le 8 avril et une table ronde porc le 15 avril. Pour le lait, Système U est prêt à revaloriser de 2 à 3 centimes les produits laitiers, mais ce n’est pas le cas des autres enseignes. Les adhérents de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) feront leurs propositions vendredi 19 avril. Leclerc a soumis l’idée d’un fonds de 180 millions d’euros. Une proposition qui n’est pas du goût du président de la FNSEA, qui accuse Leclerc d’emmener les paysans « droit dans le mur », en négociant une entente illégale, au regard du droit de la concurrence.
Nous avons obtenu vendredi dernier la suppression de l’Écotaxe poids lourds pour les camions de ramassage du lait. C’est déjà une charge en moins pour la filière. Dans le Nord, la DDTM a annoncé une augmentation de 150 000 € de l’enveloppe du PMBE (Plan de modernisation de l’élevage bovin). Les services de l’État ont également fait part du lancement du Programme ministériel de modernisation et de simplification (PMMS). Dans ce cadre, ils attendent de la profession une série de propositions de simplification, que ce soit dans le domaine des installations classées, des enregistrements d’intervention en élevage et sur les cultures...
Au-delà des mesures d’urgence, des décisions structurelles doivent être prises. L’amélioration des relations commerciales et contractuelles au sein des filières devrait se faire dans le cadre de la révision de la Loi de modernisation de l’économie (LME) en juin. Un autre rendez-vous est d’ores et déjà fixé pour les éleveurs, le 23 juin à Paris, pour obtenir « des réponses » à leurs doléances.

Séverine Declerck, Eric Taisne

À savoir : Opération commando chez Jean Caby

Après l’opération sur la place de la République, une partie des manifestants de Lille se sont rendus chez Jean Caby, à Saint-André-lez-Lille. Cette entreprise agroalimentaire, propriété d’un investisseur franco-américain Eric Steiner, dispose de deux autres usines à Quimper et Landivisiau. Elle est spécialisée dans la charcuterie industrielle et travaille de la viande de porc d’origines diverses.
Rue bloquée avec une vingtaine de tracteurs, fumier déversé sur la grille, feu de palettes, les agriculteurs ont aussi fermé l’accès de l’usine et demandé à voir la direction. La visite surprise a permis de rencontrer deux des responsables et d’échanger avec eux sur l’origine des approvisionnements. Cette action était destinée à mettre la pression sur l’industriel et à lui rappeler la nécessité d’utiliser de la viande française et particulièrement régionale. Gageons que ce coup de semonce permettra à l’opérateur de revoir sa politique au profit d’une viande de porc de qualité, produite en local.

Zoom sur... Le cahier de doléances « Élevage » est dans les mains du préfet

C’est dans le cadre de la visite d’exploitation, réalisée le jeudi 11 avril chez Bernard Boulet à Tardinghen, que Christian Durlin, président de la FDSEA du Pas-de-Calais, a remis en mains propres au préfet, Denis Robin, le cahier de doléances sur l’élevage réalisé par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs. L’élevage est élevé au rang de priorité nationale pour les deux syndicats en 2013. C’est un véritable combat à mener pour que cette activité soit reconnue à sa juste valeur et qu’elle participe au redressement productif de la France.
Les demandes sont nombreuses : la mise en place d’une vraie politique de revalorisation des prix afin de répercuter les hausses de coûts de production, le rééquilibrage des négociations commerciales pour ramener de la valeur ajoutée vers les éleveurs et l’étiquetage de l’origine des matières premières.
Vient ensuite la nécessité de simplifier les normes environnementales et d’arrêter toute surenchère réglementaire et fiscale : directive Nitrates, installations classées, prédateurs et fiscalité écologique, nous assomment au quotidien. Aujourd’hui, un engagement fort doit être pris en faveur de l’installation des jeunes sur un élevage, pour leur
permettre d’investir durablement et de construire leur avenir sur le long terme. Pour finir, il est indispensable que la PAC accompagne les éleveurs.
La FDSEA, les JA et l’ADPL seront présents encore sur le terrain jusqu’à ce que nos requêtes soient obtenues, afin de sauver les éleveurs du département, en très grande crise actuellement.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui