Les JA du Pas-de-Calais croient en l’avenir de leur profession !
De gauche à droite, François Bergerault, FrançoisThabuy, et Isabelle Saporta. - © LE SYNDICAT AGRICOLE
La salle des sports du lycée Sainte Marie d’Aire-sur-la-Lys était bien pleine pour l’AG des JA du Pas-de-Calais. Avec leur convivialité, leur sens aiguisé de l’impertinence, leur mise en scène tonique, ils ont abordé les principales questions auxquelles ils sont confrontés toute l’année. Avec le sourire mais avec sérieux, avec passion même parfois, ils ont décortiqué les questions de l’installation, de la formation, de la défense de leur métier, de l’animation offerte à leurs adhérents, de la communication, des élections régionales. Ils ont aussi lancé quelques jalons pour l’année en cours.
La baisse du nombre d’installations dans le département a été de 40 % entre 2008 et 2009. Un métier qui ne se renouvelle plus est un métier qui meurt, a-t-on entendu. Les JA veulent mieux faire connaître le nouveau parcours à l’installation. Ils réclament surtout que leurs productions soient rémunérées à leur juste valeur pour que la profession attire de nouveau.
L’an dernier, les JA ont proposé 11 formations dans des domaines très variés, comme la gestion des rations alimentaires du bétail, le problème du foncier, l’insémination artificielle, la PAC, les relations fournisseurs, l’installation électrique, Bruxelles, etc. Des réunions ont eu lieu avec des responsables économiques, des élus politiques, des administratifs. Elles ont parfois abouti à des manifestations devant les préfectures, à Lille et au Touquet.
77 réunions ont été organisées l’an dernier. Des actions communes ont été menées avec les JA du Nord. Les FDSEA ont été quelque peu titillées pour leur lourdeur ou leur manque d’enthousiasme. Cela fait partie des règles d’une bonne AG des JA !
Le « coup des régionales »
Côté communication, les JA ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot : création d’un site Internet (www.quisegaveleplus.com), participation à plusieurs manifestations comme le Salon de l’agriculture, des comices agricoles, concours de labour, marchés sauvages sur les parkings des grandes surfaces et opérations « coups de poing » à l’intérieur.
Mais leur meilleure opération communication reste à leurs yeux leur candidature aux élections régionales. La liste « Mettez le Nord-Pas de Calais dans votre assiette » a rencontré beaucoup de soutien dans le monde rural, a déclaré la tête de liste Mickaël Poillon. Les médias ont parlé de leur message, les consommateurs l’ont approuvé, les hommes politiques se sont intéressés à eux. Malgré le manque de bulletins, d’affiches et de publicité, la liste JA a obtenu 12 648 voix : « une vraie belle opération de communication pour qu’une prise de conscience naisse et qu’une profession renaisse » !
Pour conclure, Karel Lesaffre a affirmé : « Depuis 1957, le mouvement des JA a formé des hommes et des femmes, proposé des idées, tiré l’agriculture vers le haut. Il a mené d’innombrables actions avec détermination et impertinence. Après sa période faste, le syndicalisme connaît maintenant une ère difficile à expliquer et à vivre. Il faut analyser le mal, organiser des actions, savoir ce que nous voulons. Arrêtons de broyer du noir et de ressasser la détresse au bout de notre champ. Menons de grands projets, relançons les filières, osons une dynamique de groupe plus constructive, plus positive! »
Tout cela fera l’objet d’une réunion « autour d’une table pour en discuter avec nos partenaires, être nombreux et unis ». Dans la semaine du 14 au 20 juin, une série d’actions sur le thème du foncier aura lieu dans le Pas-de-Calais. « Je crois en une agriculture où les jeunes s’investissent dans le syndicalisme et croient en des lendemains qui chantent. Retrouvons la foi et l’agriculture ne s’en portera que mieux ! »
P.F.
Une table ronde pour retrouver le chemin des consommateurs
Pour parler des consommateurs et de leur rapport à l’alimentation, les JA avaient invité François Thabuy, administrateur national des JA, François Bergerault, directeur général de « L’atelier des chefs », et Isabelle Saporta, journaliste à RMC.
« Continuez à communiquer, a affirmé Isabelle Saporta. Les enfants ne savent plus ce que c’est qu’une endive ou des asperges. Les banlieues sont venues sur les Champs Élysées pour découvrir l’agriculture. Le commerce équitable, cela commence près de chez nous : les bons produits sont faits par nos voisins ! »
Pour François Bergerault, il faut expliquer les légumes. Le consommateur est perdu devant un étal de pommes de terre variées. Il ne sait pas comment les cuisiner. Il a oublié que ce n’est pas cher de cuisiner soi-même au lieu d’acheter des plats préparés. Il faut améliorer le marketing de vos produits. Depuis 2006, le temps passé à cuisiner a cessé de diminuer. C’est bon signe ! Bravo pour votre site Internet. Les AMAP, c’est bien mais c’est méga bobo ! Ça touche peu de monde. »
François Thabuy estime que « les prix garantis ont endormi les agriculteurs. Il faut rétablir la relation avec les débouchés, avec les consom’acteurs. Il faut accepter d’aller à la rencontre, d’échanger pour trouver comment apporter plus de valeur ajoutée qui profite à plus de monde. »
P.F.
Interview Karel Lesaffre
Président des JA du Pas-de-Calais
« Redonner un souffle positif »
Quelle est la principale préoccupation des JA du Pas-de-Calais ?
La grande inquiétude que nous avons est la baisse vertigineuse du nombre des installations. Il y en a eu 160 en 2008, et seulement 65 en 2009. Le 1er semestre 2010 n’est pas encore connu...
Il faut comprendre et analyser cette forte baisse. Nous devons redonner un souffle positif, faire mieux découvrir le travail en société, montrer la nécessité de nous impliquer dans les filières, dans la commercialisation de nos produits et la valorisation de notre valeur ajoutée.
Nous voulons sortir de la course à l’agrandissement.
Que pensez-vous de la Loi de modernisation de l’agriculture actuellement en discussion au Parlement ?
Elle devrait nous donner les outils législatifs nous permettant de nous structurer en groupements de producteurs, afin de mieux organiser le marché sans être tout le temps condamné par Bruxelles pour entente illicite. Nous pourrons mieux organiser les filières.
Quels sentiments vous inspire la réforme de la PAC prévue pour 2013 ?
Nous nous battons pour que l’Europe garde un budget de l’agriculture. Elle doit aussi mettre en avant le rôle social de l’agriculture en plus de l’accompagnement des productions. Ce sont les deux axes forts sur lesquels nous voulons travailler. Nous devons être prospectifs et faire des propositions. Le thème du changement climatique peut être une bonne approche, une clé d’entrée.
P.F.
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