Le Syndicat Agricole 15 mars 2013 à 10h46 | Par Le Syndicat Agricole

Actualité - Filières animales en difficulté : les éleveurs en colère

Plus de 120 magasins dans la région ont été recouverts de paille par les éleveurs pour protester contre les prix bas imposés par la grande distribution.

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Dans le Nord-Pas de Calais, plus de 120 magasins ont été touchés par les opérations de paillage organisées les 8 et 9 mars.
Dans le Nord-Pas de Calais, plus de 120 magasins ont été touchés par les opérations de paillage organisées les 8 et 9 mars. - © Le Syndicat Agricole

Depuis plusieurs semaines, les opérations syndicales se succèdent : actions de tractage, stickage et relevés de prix en janvier, rencontre avec des directeurs de magasins, visite de fermes, interpellation des responsables politiques, courriers envoyés à tous les directeurs de magasins... Malgré une écoute attentive, les impacts sur les prix ne sont pas encore au rendez-vous. Les responsables syndicaux réunis en bureau de FRSEA Nord-Pas de Calais ont donc décidé de passer à la vitesse supérieure afin de mettre la pression sur les grandes surfaces et d’obtenir des engagements concrets. Les éleveurs ne peuvent se contenter de beaux arguments de principe.
L’action sur le terrain s’est traduite par des opérations de paillage de magasins menées les vendredi 8 et samedi 9 mars. Dans le Nord-Pas de Calais, plus de 120 magasins ont été touchés durant les deux jours. Seules deux enseignes, ayant pris des engagements juste avant les opérations, ont eu droit à un sursis dans l’attente de la confirmation des hausses de prix, particulièrement en lait.
Cette opération a été bien perçue par les consommateurs et les médias, conscients des difficultés actuelles des filières animales. En effet, l’actualité récente, avec le Salon de l’agriculture, a permis de mettre en avant la situation réelle des éleveurs et les pressions exercées par leur environnement économique. La paille, par son lien avec l’élevage et sa symbolique, permet de véhiculer facilement le message.
Ce coup de semonce a facilité l’avancée des négociations avec les acteurs de la grande distribution. Les rencontres ont continué à se dérouler en parallèle et à la suite de ces actions.

Zoom sur la production laitière
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le lait est la filière où les discussions sont les plus avancées avec la GMS.Les producteurs sortent difficilement d’une année 2012 qui a vu une baisse de prix de 3 % par rapport à 2011, mais surtout avec une augmentation des charges, essentiellement sur leur approvisionnement en protéines. L’évolution du rapport entre le coût des aliments achetés et le prix du lait a explosé depuis janvier 2012. Ce rapport était de 25 % en début d’année 2012 et l’année se termine avec un rapport à 37 % en moyenne sur les 12 derniers mois.
Par ailleurs, l’évolution de la valorisation des beurre/poudre est passée de 240 € les 1 000 litres au mois de juillet 2012 à 320 € en février 2013, ce qui démontre un redressement des cotations des produits industriels. Cette évolution est due à une baisse de la collecte dans la majorité des pays producteurs, à travers le monde, à cause d’une augmentation du prix des aliments achetés de plus de 50 %.

Quelques indicateurs qui en disent long
Le constat est flagrant, le ratio charges alimentation achetée sur le prix du lait ne fait qu’augmenter, pour atteindre aujourd’hui le seuil de marge critique. Celle-ci correspond à la marge en dessous de laquelle la situation des exploitations devient critique et nécessite une prise en compte de la hausse des charges en revalorisant le prix.
60 % de la collecte française est transformée en PGC. Avec la dégradation des marchés des produits industriels sur le 1er semestre 2012, de nombreuses laiteries ont augmenté leur fabrication de lait de consommation (+ 7 %), dans un marché qui perd chaque année 1 à 2 % en volume. Sur ces bases, le prix de vente départ laiterie (PVI) a perdu sur le 1er trimestre 2012 plus de 10 %.

Les demandes des producteurs
La FNPL avait tenté en septembre 2012 de travailler avec les laiteries industrielles, les coopératives et la grande distribution sur la mise en place du protocole du 3 mai 2011. Il prévoit, sous la houlette des Pouvoirs publics, la mise en place d’un système de répercussion de l’évolution des charges sur le prix de vente pour les producteurs, dès qu’elles dépassent certains seuils.
Ce schéma a été mis en place en aviculture, mais certains industriels ont refusé d’y participer et la proposition de la FNPL est restée vaine.
Devant la situation alarmante des producteurs, les Sections laitières départementales, les FDSEA et JA ont écrit aux responsables des GMS pour leur exposer les difficultés rencontrées par les éleveurs. C’est ainsi que plus de 400 courriers ont été envoyés dans la région.
Certaines (très peu à dire vrai) ont répondu et d’autres, sous la pression des manifestations en GMS, ont demandé des rencontres avec les responsables syndicaux des FDSEA, JA et des Sections laitières Nord et Pas-de-Calais en intervenant directement dans les magasins.
À ce jour, il s’est tenu 4 rencontres avec Leclerc, Auchan, Carrefour et Intermarché.

Pourquoi ces rencontres ?
Le 1er objectif est d’exposer la situation des producteurs de lait par des faits réels et en s’appuyant sur des données chiffrées ; le constat est clair, le prix du lait accuse une trop faible évolution (3 %) et les charges explosent.
Le second objectif est de leur proposer une valorisation du prix du lait au seul bénéfice des producteurs ! La demande est simple, il faut prendre en compte l’augmentation des charges et la faire porter par l’aval, que ce soit les laiteries, la GMS, voire les consommateurs.

4 rencontres pour un seul accord !
C’est l’enseigne Lelerc qui s’est manifestée la première et qui a reçu la FDSEA, les JA et l’ADPL, le 7 mars dernier dans les locaux de la Scapartois. Ils se sont montrés attentifs aux explications et demandes formulées par les uns et les autres, en expliquant qu’ils étaient soucieux que les agriculteurs soient rémunérés de leur travail. Ils comprennent l’augmentation de prix exprimée, et sont prêts à l’accepter, à la seule condition qu’ils soient assurés qu’elle revienne en totalité aux producteurs de lait. La délégation a clairement exprimé que l’objet de la démarche était bien là, et que les intermédiaires seraient vus dans un second temps.
À l’issue de cet entretien, il a été convenu que cette demande serait transmise au national pour que la profession ait un retour en début de semaine. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous savons que les démarches d’augmentation de prix sont en cours...
Les rencontres se sont poursuivies avec Auchan. Malgré une écoute attentive de leur part, aucun retour ne laisse à penser qu’ils ont bien entendu le discours qui leur a été tenu.
Ce lundi 11 mars, l’enseigne Intermarché a été reçue à Saint-Laurent-Blangy ; à ce jour, c’est la seule qui ait accepté la demande, comprenant que l’urgence est de mise. Les interlocuteurs se sont montrés curieux et à l’écoute des problèmes de production laitière et avaient anticipé une augmentation de prix.
Enfin, les JA ont reçu l’enseigne Carrefour et, malgré une écoute attentive, le constat est qu’aucun engagement n’a été pris les concernant...
Quoi qu’il en soit, les FDSEA 59/62, l’ADPL, la Section laitière et les JA sont bien décidés à poursuivre les actions tant que les producteurs de lait n’auront pas gain de cause.
Il n’est pas question de désarmer sur l’ensemble des filières d’élevage pour lesquelles nous devons faire entendre nos revendications.
À bons entendeurs...

 

Zoom sur... Le paillage en opération commando

Le mode d’action choisi pour ces actions de terrain est le paillage en opération commando. Afin de conserver l’effet de surprise et la souplesse, seuls de petits groupes d’agriculteurs sont intervenus. Il n’y a pas eu d’appel officiel à mobilisation.
Concrètement, cela consiste à intervenir de bonne heure (à partir de 5 h du matin) sur les parking et devantures de magasins et déverser de la paille, plus ou moins fraîche. Cela peut se faire à la main, à la dérouleuse ou à la pailleuse. Dans les magasins visités la semaine dernière, tous les scénarii ont été appliqués. De un à plusieurs ballots peuvent être épandus selon la taille du magasin. Une attention toute particulière est portée sur les caddies qui sont soigneusement remplis. Afin d’être réactifs et mobiles, les agriculteurs agissent en commandos bien organisés, composés de 5 à 10 personnes. L’opération dure très peu de temps. Jean-Christophe Rufin, responsable des opérations à Maubeuge, précise : « L’intérêt de ces actions repose sur le fait que c’est visuel et très gênant pour les magasins. Ils doivent tout nettoyer et gérer les conséquences en termes d’image. Mais cela n’entraîne aucune dégradation de matériel. Le consommateur est gêné mais pas lésé. De plus, il comprend très bien le message du mettre sur la paille. »
Les retombées médiatiques ont été très bonnes, avec entre autres des reportages sur France 3 et M6. L’absence de dégradation sur l’ensemble des opérations a été unanimement saluée par la presse.

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