Pour les Jeunes Agriculteurs, l’avenir sera collectif
Le syndicat jeune veut pousser les producteurs, industriels et pouvoirs publics à travailler ensemble. - © DR
Gestion collective des volumes, organisation professionnelle, interprofession… Le 29 novembre à Paris, le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) a tenté d’entrevoir les contours de la production laitière de 2015, après la fin des quotas. Une « journée nationale lait », la première du genre, qui rassemblait syndicats agricoles majoritaires et minoritaires, industriels privés et coopératifs, et pouvoirs publics. Le but du syndicat jeune ? « Établir une stratégie collective pour mieux valoriser le lait », a lancé Jean-Michel Schaeffer, le président national de Jeunes Agriculteurs.
« La France laitière d’après les quotas sera plus contrastée », estime Gérard You, de l’Institut de l’élevage. « Si les producteurs se rassemblent, ils peuvent avoir du pouvoir », poursuit-il, confirmant l’intérêt de la massification de l’offre laitière.
L’enjeu est de taille : la filière devra être prête à absorber la hausse de la production que ne manquera pas de provoquer la libéralisation. Ce qui renforcera encore plus le rôle de l’export, qui représente déjà 1 litre de lait sur 3.
Ce contexte obligera la filière à une gestion fine des volumes. D’où la demande de Gilles Durlin, président d’un groupement de producteurs Danone, d’une « interprofession forte qui empêche la compétition entre régions ».
L’interprofession partie prenante
Une vision partagée par Patrick Ramet, trésorier de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Ce producteur laitier en Haute-Savoie a fait le point sur le projet de création des Ocep (Organisations collectives et économiques de producteurs), portées par la FNPL. D’après lui, des OP (Organisations de producteurs) par entreprise seraient « parfaitement conciliables » avec des OP de bassin. Les premières négocieraient le prix avec les laiteries, tandis que les secondes seraient le lieu de la gestion collective des volumes. Un schéma approuvé par les Jeunes Agriculteurs.
Patrick Ramet a vanté « le collectif pour négocier et s’émanciper des entreprises ».
Tout en posant un préalable : la transparence. Pour le syndicaliste, l’interprofession devra éclairer les marchés en fournissant des indicateurs de prix et de volumes. L’éleveur a enfin insisté sur la nécessité, partagée par tous les acteurs, de « rapprocher les producteurs de leurs coopératives ».
La création d’une interprofession européenne – l’une des propositions phare du syndicat jeune – a été bien accueillie par les syndicats minoritaires. La FNPL est plus sceptique.
Prudent lui aussi, le Directeur général de Bongrain, Daniel Chevreul, estime qu’il faut « commencer par créer des interprofessions dans chaque pays européen ».
Bref, il reste du travail, comme l’a confirmé Dominique Brinbaum, du ministère de l’Agriculture, en insistant sur le fait que les producteurs devaient se prendre en main.
Selon cette haute fonctionnaire, les pouvoirs publics et la profession partagent deux objectifs : « piloter et territorialiser la production ». Une nécessité pour éviter la délocalisation des élevages.
Zoom sur... Les coopératives laitières sur le grill
Lors de la Journée nationale laitière des JA, les coopératives ont été la cible de l’incompréhension voire des critiques des participants quant à leur stratégie et leur gouvernance, alors qu’au même moment se tenait le congrès de Coop de France.
« On ne doit pas être des consommateurs de coopératives mais des acteurs ! », a lancé Patrick Ramet, de la FNPL. « Être coopérateur, c’est un engagement supplémentaire », a-t-il ajouté. Ce responsable syndical l’avoue : « Avec le temps, les relations se sont tendues avec la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) ». « La différenciation des volumes et des prix (défendue par la FNCL : ndlr) » n’est pas un sujet « tabou », mais « il faut respecter certains principes, dont les accords interprofessionnels », explique-t-il.
Pour Patrick Ramet, « il faut exiger une transparence sur les volumes, mais c’est aussi une illusion : on ne pourra pas exiger une transparence totale des entreprises ». L’idée est d’appliquer aux volumes ce que l’interprofession fait en publiant des tendances de marchés jugés représentatifs et pertinents dans la composition du prix du lait payé aux producteurs. « On ne discute pas assez de ce sujet avec les coopératives », constate-t-il. Tout en admettant que les producteurs « doivent être force de propositions » face à des coopératives « en retard de restructuration et d’investissement ».
Suite à cette journée, les Jeunes agriculteurs ont établi des « priorités de travail », notamment celle de « la gouvernance des coopératives ». « Il faut rétablir le lien entre les coopérateurs et la coopérative », soulignent les JA. Le syndicat « sera force de proposition auprès de la FNPL et de la FNCL pour lancer une nouvelle dynamique entre les producteurs et leurs coopératives, et faire en sorte que ces dernières s’insèrent pleinement dans la construction des politiques de bassins ».
Vers une reconnaissance officielle des OP
« J’ai bon espoir que le mini-paquet lait sera adopté lors du Conseil des ministres de l’Agriculture du 15 décembre. » Lors de la journée lait des JA, Dominique Brinbaum, du ministère de l’Agriculture, a fait part de son optimisme. D’après la conseillère spéciale de la Direction générale des politiques agricoles, agroalimentaires et des territoires, Paris a fait ajouter 2 clauses à ce dispositif réglementaire : une durée minimale de contrat et la possibilité pour les fromages AOC de gérer les volumes. Le paquet lait officialisera aussi le statut des OP (Organisations de producteurs). Restera au ministère de l’Agriculture à traduire cette avancée en France en publiant le décret OP, attendu depuis des mois par la profession.
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