« Continuer à taxer nos seules productions revient à se mettre un boulet au pied »
Le 15 novembre dernier, lors de son déplacement à Bordeaux, le président de la République a annoncé la création d’un Haut conseil du financement de la protection sociale. La FNSEA se félicite de la réouverture du chantier. - © S. Leitenberger
Le 15 novembre dernier, lors de son déplacement à Bordeaux, le président de la République a annoncé la création d’un Haut Conseil du financement de la protection sociale. Il semble que le sujet d’une éventuelle réforme de l’assiette des cotisations sociales revienne sur le devant de la scène ?
Enfin ! Je dirais qu’il était temps ! Cette annonce vient tardivement mais elle est maintenant sur la table et je m’en réjouis. La mise en place de cette instance autour de la réforme des cotisations sociales doit être le gage d’une réflexion approfondie. Et j’ose espérer qu’il ne s’agit pas d’une annonce de campagne électorale. Depuis 1996, la FNSEA a engagé une réflexion de fond sur la réforme du financement de la protection sociale et porte depuis cette date la proposition de la TVA emploi. Cette volonté a été réaffirmée fortement dans notre rapport d’orientation de 2005. Nous avons ainsi pu porter ce débat au cours des deux années suivantes, mais dès les élections législatives de 2007, le sujet a été enterré ! Aujourd’hui, nous ne pouvons qu’être satisfait de la réouverture du chantier.
La FNSEA sera-t-elle associée à la démarche du Haut Conseil ?
La FNSEA a demandé officiellement à être membre du Haut Conseil. Aujourd’hui, nous n’avons aucune garantie. Trop souvent dans notre pays, on estime que le Medef représente toutes les entreprises.
Il serait temps que l’on écoute aussi les représentants des petites entreprises, notamment du secteur agricole.
Vous appelez de vos vœux la mise en place de la TVA emploi. Qu’est-ce que cela apporterait aux exploitants agricoles ?
À travers la TVA emploi, nous poursuivons deux objectifs.
Le premier est de sécuriser le financement de notre protection sociale en vue de maintenir une protection de haut niveau. Je crois que tous les agriculteurs, comme les autres citoyens, sont attachés à cet objectif.
Le deuxième est un objectif de compétitivité pour les entreprises françaises.
La réforme que nous proposons est pragmatique. Nous ne pouvons financer notre protection sociale comme en 1945 lorsque nous vivions dans une économie fermée. Dans un monde ouvert, continuer à taxer la seule production française revient à se mettre un boulet au pied face à des produits concurrents exempts de toutes taxations sociales.
Il nous paraît beaucoup plus efficace d’agir au niveau de la consommation afin que tous les produits consommés sur notre territoire participent au financement de la protection sociale.
Ainsi, nous redonnons de la compétitivité à nos entreprises pour affronter la concurrence et prendre des parts de marché, que ce soit en taxant les importations ou en exonérant les exportations.
Imposer la consommation dans un contexte de crise ne va-t-il pas à l’encontre du pouvoir d’achat ?
Effectivement, la mise en place de la TVA emploi peut avoir un effet inflationniste, notamment sur les produits importés. Je crois, à ce titre, que la réforme doit s’accompagner de mesures de soutien aux personnes les plus fragiles, celles qui ont un pouvoir d’achat faible.
Mais à long terme, je suis convaincu de l’effet bénéfique pour tous de la TVA sociale. Elle permet de nous engager dans un cercle vertueux qui, en donnant de la compétitivité à la production française, joue en faveur de l’emploi en France. C’est certainement la meilleure politique en faveur de l’emploi que nous pourrions mettre en œuvre.
Zoom sur... Assurer le financement de la Sécurité sociale
À quoi va servir le Haut Conseil du financement de la protection sociale annoncé le 15 novembre par Nicolas Sarkozy ? À quelques mois des présidentielles, ce groupe de réflexion est sensé aider les pouvoirs publics à dégager les solutions et les financements nécessaires au redressement de la Sécurité sociale.
La protection sociale française (maladie, retraite, famille...) est coincée dans une tenaille. Elle génère des déficits importants, alors même que son financement est à bout de souffle. Le poids des cotisations sociales payées par les travailleurs et les employeurs ne peut en effet indéfiniment être accru. Sauf à compromettre encore plus la compétitivité des entreprises françaises. D’où des réflexions en faveur d’un élargissement du financement à l’ensemble des produits consommés en France même importés, via la CSG ou la TVA.
Point de vue de Marc Ruscart, président de la FDSEA 59
Que notre emploi soit beaucoup moins objet de concurrence
Pas une journée ne se passe sans une nouvelle information relative à l’état de santé de notre économie et par là même de notre pays... L’économie peine à créer de la valeur, le compte de résultat de la France est dans le rouge, le bilan est structurellement déficitaire...Tout est motif à broyer du noir ! Mais où sont passés nos fleurons ? Pâturage et labourage, le pétrole vert de la France, le tourisme français...
Et si on regardait du côté des chances et des forces de la France ? Et si renforcer les chances et atouts de cette belle et grande entreprise qu’est l’agriculture pouvait redonner des couleurs à notre économie ?
Ainsi, il nous faut explorer toutes les pistes qui pourraient contribuer au renforcement de la compétitivité de notre agriculture, qui lui permettraient d’être plus efficace. Cette efficacité réside en partie dans la maîtrise de ses coûts de production, comme dans ses capacités à garder et à capter des marchés, bref dans ses capacités à tenir dans un univers en mouvement permanent où les maîtres mots sont coûts de revient, marchés ou marketing.
Oui, l’agriculture est aujourd’hui un moteur de l’économie : elle produit des richesses qu’elle échange sur le marché après avoir développé une valeur ajoutée dans la transformation agroalimentaire et la mise en marché. Elle contribue ainsi directement au résultat social de notre pays, tant dans les tableaux de Pôle emploi que dans l’épanouissement des hommes et femmes qui y travaillent et créent leur entreprise en s’installant. Elle produit par ailleurs un résultat environnemental sans pareil.
Ainsi, puisque notre secteur d’activité est une force et une chance, on ne peut assurer sa pérennité en surtaxant chaque jour davantage ceux qui produisent la richesse durable. Au contraire, la piste explorée de la TVA emploi part du principe que, même si nos emplettes sont nos emplois, le différentiel de prix des produits à l’entrée sur notre marché remet ce choix d’achat citoyen en cause. Il est donc logique qu’un système d’équilibrage puisse se mettre en place, il en est de l’intérêt de tous nos secteurs d’économie pour assurer notre avenir.
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