Le métier d’agriculteur : de l’aléa à l’aléatoire
La météo nous rappelle combien d’incertitudes planent en permanence sur notre métier, et depuis toujours nous savons que notre premier patron, c’est le temps.
Dieu sait combien d’entre nous consultent ciel, lune, baromètre et autre internet. Le temps détermine et cadence notre planning de travail.
Il crée l’abondance ou la pénurie avec ses conséquences sur les marchés. La particularité du métier d’agriculteur, c’est qu’à titre individuel, il a peu la main sur les volumes et les prix. De tout temps les agriculteurs ont intégré ces aléas dans le fonctionnement de leurs exploitations et savent qu’une récolte ne se programme pas à l’avance.
Mais aujourd’hui, trois facteurs supplémentaires ont ajouté de la fragilité à nos exploitations. D’abord, la réduction continue des marges qui fait qu’une production passe rapidement « du vert au rouge » au moindre accident technique ou climatique. Ensuite, les mises de fonds importantes nécessaires à la mise en place de nos productions, ce qui ajoute de la fragilité financière à la fragilité technique. Enfin, la volatilité des marchés qui amplifie anormalement toute spéculation sur une relative abondance ou pénurie dans un secteur donné. Tous ces éléments d’incertitudes s’accumulent sur les épaules de l’agriculteur qui doit assurer, au mieux, la pérennité de son exploitation à travers les aléas qu’il traverse d’une année à l’autre. Mais le métier d’agriculteur ne doit pas devenir un métier aléatoire où les incertitudes de toutes sortes dépassent les compétences que le chef d’exploitation déploie dans toutes les facettes de son métier.
Certes, il existe aujourd’hui des possibilités assurantielles qui permettent de réduire un certain nombre de risques, et c’est une bonne chose. Par contre la volatilité des cours et la spéculation qui l’accompagne fragilisent, sans garde-fou, l’équilibre et l’avenir de nos exploitations. Sur ce point, les pouvoirs publics nationaux et européens ont une responsabilité car ce sont eux qui fixent les règles de marchés. Nous attendons des réponses à nos questions sur la régulation des marchés. Il faut un cadre durable. Les fluctuations affolantes des cours des céréales, les conflits permanents sur la question du prix lait sont des exemples actuels qui ne peuvent se répéter indéfiniment. Des règles de marchés doivent ramener de la sérénité dans nos filières pour un développement économique qui permettent encore l’installation de nombreux jeunes.
Les industriels laitiers pensaient sans doute qu’une petite hausse de prix contenterait les producteurs en desserrant l’étau financier dans lequel ils se trouvaient. Non seulement les producteurs savent que les conditions de l’année font que les coûts d’alimentation risquent d’augmenter l’hiver prochain ; en même temps ils réclament des règles claires qui fixent la rémunération partagée de chacun des maillons de la filière. Et c’est aussi du rôle de l’État de s’assurer que ces principes sont respectés. Nous y veillerons.
Pour l’heure, souhaitons que les caprices du ciel et les aléas naturels permettent à chacun de terminer les récoltes en cours dans de meilleures conditions.
Christian DURLIN, président de la FDSEA du Pas-de-Calais
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