L’UE débloque un soutien d’urgence pour la production légumière
La France est l’un des États membres les plus touchés car elle est un grand producteur de légumes d’été et notamment de concombres. - © S. Leitenberger
Les délégations française et espagnole notamment se sont rendues à Luxembourg, le 7 juin, au Conseil des 27 ministres européens de l’Agriculture, avec la ferme intention d’obtenir un dédommagement conséquent pour leurs producteurs de légumes, victimes de la crise sanitaire causée par la bactérie ECEH en Europe. La Commission européenne a donc consenti une enveloppe d’urgence de 150 millions d’euros pour soutenir les producteurs européens. Cette bactérie potentiellement mortelle a déjà fait 25 morts, dont 24 en Allemagne, foyer de la contamination. Quant à son impact désastreux sur les ventes européennes de légumes, il est lié à une grave erreur de communication des autorités sanitaires allemandes lorsque la crise a envahi la scène médiatique fin mai. Incriminant dans un premier temps des concombres bio espagnols importés en Allemagne, ou peut-être des salades et des tomates de la même origine, elles se sont ensuite rétractées pour étaler à ce jour leur franche perplexité quant à l’origine exacte de l’apparition de la bactérie.
Les résultats des derniers tests effectués outre-Rhin n’ont, eux, pas encore été communiqués. Mais le mal est fait pour les producteurs de légumes de l’Union. La consommation de concombres et autres légumes est parfois quasi nulle dans certains États membres, et des pays importateurs comme la Russie ont choisi de fermer leurs frontières.
Quel niveau de compensation ?
L’appui financier européen a été décidé via l’article 191 de l’OCM unique, financé à 100 % au niveau communautaire. Le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, a déclaré que « cette aide supposera une compensation à un certain niveau de prix et pour certains produits pour les producteurs membres d’une OP (Organisation de producteurs, ndlr) et non membres ».
Les producteurs non membres d’une OP devront ainsi passer un contrat avec une OP pour bénéficier de la compensation. La période de référence pour calculer son niveau de déclenchement s’établit entre le mois de juin 2007 et le mois de juin 2010.
Mais les États membres ont demandé de rehausser le niveau de compensation prévu au départ par la Commission et fixé à 30 % du prix du marché durant cette période. Dacian Ciolos revenait donc vers eux le 8 juin, « avec une proposition améliorée » (cf. encadré).
Pertes désastreuses
Dans un courrier adressé le 7 juin à Dacian Ciolos, le Copa-Cogeca (agriculteurs et coopératives agricoles de l’UE) indique que les producteurs de l’Union subissent des pertes économiques « sans précédent qui s’élèvent à plusieurs millions d’euros par jour ». Alors que l’offre de fruits et de légumes de saison a atteint son plein potentiel, la demande des consommateurs est, elle, quasi nulle. Le gouvernement espagnol chiffre à 225 millions d’euros par semaine le montant des pertes pour ses producteurs de légumes depuis le début de la crise.
En France, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a souligné le 6 juin que dans la plupart des régions de production légumière, « évidemment de concombres mais ça touche aussi une partie des tomates et des autres légumes, on assiste à une mévente qui impacte profondément les producteurs et la filière légumes ». La France est l’un des États membres les plus touchés car elle est un grand producteur de légumes d’été et notamment de concombres. Le week-end du 4-5 juin a enregistré des ventes « catastrophiques » sur les concombres. Légumes de France chiffre les pertes pour les producteurs de concombres et de tomates à 1 million d’euros par jour.
La FNSEA et les responsables de Légumes de France se sont aussi rendus devant l’Assemblée nationale, le 8 juin, pour sensibiliser les députés à cette crise (voir encadré). Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture, a reçu le même jour des représentants des producteurs de concombres ; un colis de concombres a même été acheminé à l’Élysée par Légumes de France.
« Regagner la confiance du consommateur »
Les députés présents devant le Palais Bourbon, le 8 juin, en particulier ceux du groupe d’études fruits et légumes de l’Assemblée nationale (présidé par Jacques Rémiller, député UMP de l’Isère), n’ont pas hésité devant les caméras à croquer dans les concombres tendus par des producteurs de Légumes de France.
Jacques Rouchaussé, son secrétaire général, soutenu par le président de la FNSEA, Xavier Beulin, ont un objectif : « Regagner la confiance des consommateurs » envers les légumes français, dans un contexte devenu « très anxiogène » avec la crise sanitaire de la bactérie ECEH, qui a fait chuter la consommation.
Ils ont souhaité prendre appui sur les députés français afin qu’ils relaient à l’Assemblée, dans leur circonscription et auprès des associations de maires ce message : « Les produits des producteurs sont parfaitement sains, ils respectent des normes de production exigeantes sur le plan sanitaire et notre système d’épidémiosurveillance est très performant ».
La profession agricole attend enfin que le gouvernement communique officiellement sur le sujet. Légumes de France reconnaît que le ministre de l’Agriculture « est derrière les producteurs », mais Xavier Beulin ne comprend pas le silence du ministre de la Santé, Xavier Bertrand, ni celui du Secrétaire d’État à la Consommation, Frédéric Lefebvre, « qui communiqua beaucoup plus vite sur son “panier des essentiels” ».
Dernière minute
Version améliorée : le plan d’aide légumes passe à 210 millions
Le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, a livré le 8 juin les principaux éléments d’amélioration du plan d’aide d’urgence aux producteurs de légumes de l’UE proposés par Bruxelles. Ces propositions doivent encore être adoptées lors d’un vote en comité de gestion le 15 juin prochain. L’enveloppe globale passerait de 150 à 210 millions d’euros et la compensation de 30 à 50 % du prix de référence pour le mois de juin entre 2008 et 2010. Pour les membres d’OP, la compensation pourrait atteindre 70 % étant donné les mécanismes disponibles au sein des OP. Et les non adhérents d’OP toucheraient les aides via les agences nationales de paiement. La période de couverture retenue s’étendrait du 26 mai au 30 juin, avec des ajustements possibles par la suite. Les premières aides pourraient être disponibles dès juillet.
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