Le Syndicat Agricole 18 avril 2013 à 14h08 | Par Le Syndicat Agricole

Accidents - Machinisme : « Continuer à assurer la sécurité »

Une conférence sur le thème « Santé et sécurité des utilisateurs en agroéquipement » a eu lieu au Sima 2013.

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Dans le secteur agricole, 1 accident sur 6 et 1 accident mortel sur 3 sont liés à l'utilisation des agroéquipements.
Dans le secteur agricole, 1 accident sur 6 et 1 accident mortel sur 3 sont liés à l'utilisation des agroéquipements. - © Thierry Guillemot

Si ces dernières années témoignent d'une diminution lente, mais continue, du nombre d'accidents dans le monde agricole, le secteur demeure l'un des plus à risques. Comme celui du bâtiment, il connaît toujours des taux de fréquence et de gravité des accidents du travail très élevés. Renversements, liaisons tracteurs-outils, interventions en cas de bourrage, sans oublier les risques liés au bruit, aux gestes et postures, à la manipulation de produits chimiques, ou encore aux conditions climatiques... les dangers sont nombreux. « 1 accident sur 6 est lié à l'utilisation des agroéquipements, précise Christian Ligeard, directeur des Affaires financières sociales et logistiques au ministère de l'Agriculture. Ils provoquent généralement un écrasement ou le happement d'un membre. Un tiers des accidents mortels est lié à leur utilisation. Toutefois, nous avons constaté une réduction des accidents mortels suite au renversement de tracteur : 2 décès en 2011. » « Au fur et à mesure que la taille des machines et la technologie augmentent, il faut continuer à assurer la sécurité », insiste Jean-Marc Bournigal, président de l'Irstea, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture.
Ainsi, dans le cas de l'écrasement, la « sécurité passive » a été améliorée et les risques considérablement réduits. Il existe aujourd'hui 4 modèles de structure de protection : la cabine, le cadre à 4 montants, l'arceau arrière fixe ou pliable et l'arceau avant fixe ou rabattable.

Amélioration de la sécurité passive et active
La réglementation les rend obligatoires : depuis le 1er janvier 2010, tous les tracteurs présents sur une exploitation doivent être équipés d'une structure de sécurité anti-retournement. « Les accidents ont généralement lieu avec du matériel vétuste, rappel Thierry Langle de l'Irstea. Dans les petites exploitations, en montagne ou dans les exploitations spécialisées en viticulture et arboriculture, où les tracteurs ont des arceaux rétractables, lorsqu'on oublie de les relever, le risque est là. » Pour lutter contre ce phénomène, le ministère de l'Agriculture a mis à disposition des agriculteurs, sur son site internet, des « kits d'installation » permettant de faciliter la pose d'arceaux (http://agriculture.gouv.fr/renversement-des-tracteurs).
« La structure de protection définit une zone de survie à condition que l'agriculteur reste sur son siège, précise Thierry Langle. C'est pourquoi le matériel neuf est obligatoirement équipé d'une ceinture de sécurité. Mais une fois de plus, les anciens équipements ne sont pas adaptés. » Un deuxième kit devrait ainsi être bientôt disponible sur le site du ministère pour aider à la fixation d'une ceinture de sécurité, voire du changement de siège. Enfin, un troisième concernant les arceaux rabattables devrait être mis en ligne à la fin de l'année.
Mais ce qu'il faut éviter avant tout, estime Roland Lenain de l'Irstea, c'est le risque de renversement lui-même. Des systèmes anti-renversement sont ainsi à l'étude. « Ils prennent en compte la masse du matériel, le centre de gravité mais aussi les conditions d'adhérence. Des capteurs pourront être installés sur la machine et mesurer l'angle de braquage, la vitesse de tournure, la vitesse linéaire, l'accélération. Le défi est de transmettre ces données pour une aide à la conduite, afin que le risque de perte d'équilibre soit anticipé. »

Performance des cabines de protection
Les risques d'accident lors des phases d'attelage et de dételage des outils au tracteur sont aussi très élevés : 1 900 accidents se produisent en moyenne chaque année lors de cette manipulation, un chiffre constant avec un accroissement de la gravité des blessures. « Cela va du pincement de doigts jusqu'à l'écrasement de la personne entre le tracteur et l'outil », précise Nicolas Tricot, du même institut de recherche, qui travaille à résoudre cette problématique. Concernant l'exposition aux produits phytosanitaires, des recherches sont également en cours pour améliorer la performance des cabines de protection des tracteurs. Sonia Grimbuhler de l'Irstea rappelle qu'au-delà de l'équipement individuel (combinaison, gants, etc.), les agriculteurs doivent utiliser une cabine adaptée. « Celle-ci doit être équipée de bons filtres sinon l'agriculteur n'est pas protégé », précise-t-elle. Or, il existe 4 niveaux de certification selon l'efficacité de leur dispositif, le 1er niveau étant simplement le fait d'avoir une cabine. Le niveau 2 protège uniquement contre les poussières, le niveau 3 contre les aérosols et le niveau 4 protège à la fois contre les poussières, les aérosols et les vapeurs. Les constructeurs sont aujourd'hui encouragés à construire des cabines atteignant au moins le niveau 3. « Nous travaillons maintenant sur les filtres, explique Sonia Grimbuhler. L'idée est de mettre en place des capteurs permettant d'indiquer l'état d'usure de ces filtres afin de les changer le plus rapidement possible. »
La recherche, l'établissement de normes et les contrôles du respect de ces normes effectués sur les exploitations, permettent ainsi d'optimiser la sécurité des machines agricoles afin que le nombre d'accidents continue à diminuer.

Laura Béheulière

Témoignage de Yves Durand, exploitant agricole dans la Marne

« Ce n'est pas possible, ça n'a pas pu t'arriver à toi ! »

Il y a tout juste un an, Yves Durand, exploitant agricole dans la Marne et formateur en agroéquipements dans un lycée agricole, est victime d'un accident. Au cours de la récolte de colza, il perd sa main et son avant-bras droits pendant une opération de débourrage. Il a aujourd'hui le courage de témoigner.
« Les machines sont très sécurisantes mais on les utilise dans des conditions très changeantes et le risque est là », estime-t-il. L'accident s'est produit sur une butte endommagée par le gel : « à chaque passage j'avais des difficultés », explique l'agriculteur. Il coupe alors le moteur plusieurs fois pour descendre et constater ce qui se passe. Mais alors qu'il répète cette opération une énième fois, il arrête la batterie, laissant tourner le moteur. C'est à ce moment que l'accident se produit. « C'est l'habitude et les circonstances, dit-il pour expliquer le drame. On tombe dans une sorte de routine qui nous mène à la négligence et on oublie les règles de sécurité de base. »
« J'avais tendance à me considérer comme étant parmi les plus prudents, se souvient-il. Alors la première réaction de mon entourage a été de dire "ce n'est pas possible, ça n'a pas pu t'arriver à toi !" ». D'après lui, cet événement a entraîné une véritable prise de conscience de ses collègues qui ont réalisé qu'ils se trouvaient souvent dans des situations à risque. « Ils m'ont dit qu'ils avaient changé leur comportement. »

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