Le Syndicat Agricole 29 avril 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

À l’approche de la nouvelle campagne, le marché du blé est dans l’expectative

Avec des stocks pléthoriques et une production record l’an dernier, les prix du blé n’ont cessé de chuter. Sauf incident climatique majeur, cette tendance pourrait perdurer.

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Pour 2016, les prévisions de surfaces en céréales dans le Nord-Pas de Calais s’établissent à près de 400 000 hectares, soit un chiffre stable par rapport à l’an dernier.
Pour 2016, les prévisions de surfaces en céréales dans le Nord-Pas de Calais s’établissent à près de 400 000 hectares, soit un chiffre stable par rapport à l’an dernier. - © P. Cronenberger

En 2015, tout avait plutôt bien commencé pour les producteurs français, avec des rendements qui ont flirté avec les 100 quintaux dans la grande région et ce, malgré des « coups de chaud » en fin de cycle qui ne présageaient rien de bon. La quantité et la qualité ont été au rendez-vous, avec des bons PS et des taux de protéines en moyenne proches de 11 %, avec néanmoins quelques lots à 9,5 – 10 %. Avec ces résultats, la production française pouvait donc prétendre à certains marchés à l’export avec un certain optimisme. Partis à des niveaux proches des 190 euros sur le marché de Rouen, les cours se sont vite essoufflés, à cause de la forte « pression récolte » mais aussi en raison de l’arrivée de nouveaux compétiteurs à l’export, comme l’Argentine, et de la chute des bourses en début d’année 2016. Ainsi, la dévaluation de la monnaie en Argentine et la libéralisation de son marché ont mis sur le marché mondial quelque 800 000 t de blé par mois depuis janvier 2016 ! L’imbroglio sur le taux d’ergot du blé à destination de l’Égypte a aussi fortement pénalisé les cours. Ce pays, premier importateur de blé au monde avec 11,5 millions de tonnes (Mt) attendues pour cette campagne, a ainsi limité ses achats de blé en attendant de clarifier ses positions sur ce champignon. Résultat, les céréales à destination de l’Égypte ont dû trouver d’autres marchés à des prix souvent moindres.
La très bonne récolte en Europe et aux États-Unis a engendré des stocks pléthoriques, aux environs de 70 millions de tonnes pour les huit plus gros exportateurs, soit un niveau très proche des stocks de 2009-2010 qui avaient plongé le marché du blé dans un profond marasme. En outre, les importations de blé dans le monde ont tendance à stagner. Elles s’élèvent à 160 millions de tonnes ces trois dernières années et n’offrent pas de débouchés suffisants pour les productions excédentaires. Les utilisations, de la part des fabricants d’aliments du bétail ou des meuniers, stagnent également. D’autres utilisations de ces matières premières existent mais elles ne permettent pas pour autant d’absorber l’excédent. Cela explique pourquoi, en cette fin de campagne, le blé est venu tutoyer la barre des 150 euros (rendu Rouen) avant de se reprendre récemment sur des considérations plus « financières que techniques ». C’est certainement la production record qui n’arrive pas à être absorbée par de nouveaux débouchés qui pèsent aujourd’hui le plus sur le marché du blé. Dans cette conjoncture, seul l’export aurait pu être la planche de salut pour ces nouveaux volumes. Malheureusement, le rythme moyen des exportations a été ralenti cette année. La faute à un démarrage de campagne trop timide avec des prix trop élevés, une logistique insuffisante, mais aussi une volonté des vendeurs de faire « de la rétention de marchandise », persuadés de la bonne tenue du marché dans le temps.

Une exportation compliquée
La France exporte aujourd’hui plus de 50 % de sa production. Pour cette campagne, afin de retrouver un niveau de stock acceptable de 2,5 Mt, il faudrait qu’elle exporte 21,4 Mt. À ce jour, il reste encore un peu plus de 8 Mt à exporter jusqu’à la nouvelle récolte. Un chiffre bien trop élevé, quand on sait que notre pays ne peut exporter, au maximum, qu’environ 2 Mt par mois. Il paraît donc impossible de retrouver un stock acceptable d’ici l’été, d’où le risque de commencer cette nouvelle saison avec des silos déjà partiellement pleins et des utilisateurs déjà bien « couverts ». Outre les problèmes logistiques, cette frilosité en début de campagne s’explique aussi par une marchandise avec des taux de protéines trop faibles par rapport à certaines demandes. La teneur moyenne de l’ordre de 11 % ferme des marchés à la France comme l’Arabie saoudite, qui exige 12,5 % de protéines, ou encore toute l’Afrique de l’Ouest (Égypte, Tunisie, Maroc), de l’Est (Lybie, Irak) ou encore l’Amérique du Sud. Ces derniers acheteurs, qui requièrent un taux minimum de 11,5 %, représentent des volumes à l’export de près de 50 Mt ! Les autres débouchés fourragers se faisant au prix du maïs, les producteurs ont tout intérêt à optimiser leurs taux de protéines. Nos voisins allemands l’ont bien compris et proposent des marchandises avec des taux de 12,5 %, s’offrant ainsi des débouchés plus larges mais surtout plus juteux. En cette fin de campagne, la conjugaison de tous ces phénomènes devrait entraîner un stock français de 6 Mt, soit le double du stock moyen sur 10 ans et un niveau proche du record historique de 1998, avec 8 Mt.
Outre notre pays et l’ensemble du continent européen, les États-Unis connaissent la même situation de marché : des exportations au plus bas depuis près de 50 ans dues à un manque de compétitivité avéré. Avec un potentiel à l’export de 30 Mt, le stock américain en cette fin de saison devrait atteindre 27,4 Mt, soit une demi-année de consommation interne, un ratio jamais atteint depuis plus de 10 ans. Pendant ce temps-là, d’autres pays comme l’Ukraine, le Canada et, bien sûr, l’Argentine ont « trusté » les marchés à l’export grâce à des dévaluations monétaires ou à des parités très avantageuses.
Dans ce contexte de production élevée et de stocks records, les analystes de marché ont du mal à voir une éclaircie pour la campagne prochaine. L’amélioration ne pourrait venir que d’un événement climatique défavorable qui entraînerait un recul de la production pour cette moisson…

C.D.

Zoom sur... Quelles perspectives pour la campagne 2016-2017 ?

C’est d’abord au niveau des emblavements que sont venus les premiers éléments positifs. Les surfaces ont ainsi diminué de 9,3 % selon le dernier rapport USDA, le département de l’administration américaine en charge de l’agriculture, soit les surfaces de blé les plus faibles depuis 46 ans dans ce pays. La bonne situation des cultures à ce jour relativise cette baisse.

Une conjoncture climatique favorable aux cultures
En mer Noire, même si les informations filtrent au compte-gouttes et qu’il est très difficile d’établir des prévisions, il semble déjà acquis que les surfaces sont, là aussi, en baisse ; à l’instar de l’Ukraine, dont les surfaces devraient être largement inférieures à 5 millions d’hectares, soit les plus faibles surfaces depuis plus de 10 ans. De plus, si 60 % des surfaces sont jugées « en bon état », un tiers est plutôt mal en point et 7 % des surfaces ne devraient pas être « récoltables », selon les sources du ministère de l’Agriculture ukrainien. À tel point qu’on s’attend à une baisse de 25 % de la production de ce pays, avec un potentiel qui ne devrait pas excéder 20 Mt, contre 26 produites l’année dernière. A contrario, en Russie, les surfaces devraient progresser cette année, en raison de conditions hivernales favorables et de précipitations suffisantes. Comme chez son voisin ukrainien, le ministère russe annonce des « cultures majoritairement en bon état végétatif en sortie d’hiver ». C’est en Pologne que les incidents semblent être les plus sérieux, avec des dégâts de gel significatifs. Néanmoins, la production pourrait ne pas en pâtir, à la faveur de re-semis en blé de printemps. En Europe de l’Ouest, la conjoncture climatique est, là aussi, plutôt favorable. 93 % des blés sont notés « bons à excellents » dans l’Hexagone par FranceAgriMer. Particulièrement en avance au début de l’hiver, les stades des cultures sont revenus dans la moyenne, après des mois de mars et avril frais et arrosés. En France, les surfaces progresseraient de 1,3 %, pour s’établir à 5,2 millions d’hectares. En Allemagne et au Royaume-Uni, autres grands pays producteurs, la situation est plus contrastée, avec de légères baisses attendues. Pour finir avec ce panorama mondial des potentiels de production en blé, notons que l’Inde rencontre un déficit hydrique inédit, la faute à une mousson faible. Résultat, alors qu’elle exportait 4 à 5 Mt ces trois dernières années, elle devrait en importer 1 à 2 Mt en 2016. Une situation qui s’explique également par une baisse des surfaces de 4,4 % cette année. La sécheresse sévit aussi au Maghreb, en particulier au Maroc, où le potentiel de rendement semble déjà atteint. Les besoins supplémentaires en blé pour cette région du monde devraient avoisiner les 2 Mt. Au final, on devrait assister à « un marché mondial un peu moins lourd que ces derniers mois », notent de nombreux analystes. Les stocks s’établiraient ainsi à 66 Mt contre 71 Mt l’année précédente, avec une quantité totale exportable de l’ordre de 170 Mt.  Côté prix, il semble qu’un certain équilibre de marché s’opère depuis quelques semaines, avec au final de faibles fluctuations, mais surtout des échéances sur le marché à terme qui se tiennent mieux sur la nouvelle campagne, avec un différentiel de 15 à 20 euros par rapport à la dernière récolte. Sans réels bouleversements climatiques, il y a fort à parier que les prix de la campagne 2016-2017 devraient être au même niveau qu’au cours de la campagne qui s’achève. La sagesse devrait donc pousser les plus prudents à déjà engager une partie de leur récolte 2016 au moindre frémissement de marché.

C.D.

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