Le Syndicat Agricole 05 février 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

À Boulogne-sur-Mer, le tour de force des éleveurs du Pas-de-Calais

Plus de 1 000 agriculteurs et 650 tracteurs, venus de tout le département, ont manifesté dans le Boulonnais le 2 février. Une mobilisation sans précédent dans le secteur.

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Après avoir traversé Boulogne-sur-Mer, le cortège d'agriculteurs s'est arrêté devant la sous-préfecture de Boulogne-sur-Mer. 1 000 agriculteurs ont assiégé la vieille ville. Ici, au pied des remparts.

C’était un cocktail explosif assuré. Surproduction laitière, embargo russe sur l’agroalimentaire européen mais aussi guerre des prix dans la grande distribution, les difficultés qui pèsent sur l’agriculture, et particulièrement sur l’élevage français, s’accumulent depuis plusieurs mois. Ajoutez à cela le dernier échec des négociations pour garantir un prix minimum avec le ministère de l’Agriculture et la propagation d’importantes crises sanitaires en France pour exacerber encore la grogne des agriculteurs. Parti de Bretagne à la mi-janvier, le mouvement de contestation s’est répandu comme une trainée de poudre sur le territoire. Le 2 février était un mardi noir pour la profession. De vastes opérations escargot, de blocages et de barrages filtrants se sont déroulées partout en France, notamment à Saint-Lô (50), Chartres (28) et Arles (13). La plus importante d’entre elles a eu lieu à Boulogne-sur-Mer (62) où plus de 1 000 agriculteurs et 650 tracteurs ont envahi la ville.

Une mobilisation record, symbole d’un « malaise profond »
Sept jours après leurs confrères du Nord, les agriculteurs du Pas-de-Calais, secteur d’élevage de prédilection, ont réalisé une véritable démonstration de force au cœur de la cité portuaire. « Autant d’exploitants agricoles à Boulogne-sur-Mer, c’est du jamais vu », lance Pierre Hannebique, président de la FDSEA 62, face à la foule réunie à 13 h devant la sous-préfecture. Étant donné l’ampleur du convoi, certains agriculteurs ont mis près de trois heures pour gagner le lieu de rendez-vous. Un peu plus tôt dans la matinée, des cortèges d’engins agricoles étaient partis de tous les cantons de l’ouest du département (Étaples, Guînes, Attin, Calais, Tardinghem…), déchargeant plusieurs tonnes de fumier sur leur passage. Plusieurs éleveurs ont même fait plus de 50 km en tracteur pour rejoindre le mouvement, arrivant de l’Audomarois, du Béthunois et du Montreuillois. D’autres sont venus de l’Est en voiture. « Cette mobilisation colossale montre malheureusement à quel point le malaise est profond et alerte sur la détresse de l’élevage départemental, déplore Clément Cuvillier, président du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) du Nord-Pas de Calais. Nous sommes à bout, malgré notre forte mobilisation depuis six mois maintenant, aucune de nos revendications ne semblent avoir été entendues et retenues par nos différents interlocuteurs. »

La délégation reçue par la préfète
Devant l’affluence de la manifestation, une délégation composée de représentants de la FDSEA, des JA et de l’association départementale des producteurs de lait (ADPL), entre autres, a été reçue en sous-préfecture par Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais. Le plan de soutien à l’élevage bovin, porcin et laitier déployé par le ministre de l’Agriculture en juillet 2015 et dont le budget a été rallongé de 125 millions d’euros la semaine dernière, a largement été évoqué. « À l’heure actuelle, seuls 325 dossiers ont été indemnisés ou vont être traités au niveau départemental, alors que 1 200 éleveurs sont éligibles au plan d’aide, a regretté Pierre Hannebique auprès de la représentante de l’État. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, tenir ses engagements et traiter chaque dossier de façon équitable ; il y a urgence. » De même, l’enveloppe disponible au titre du Fonds d’aide sanitaire et sociale (FASS) n’a permis de couvrir les débits qu’à hauteur de 68 % pour les 2 000 dossiers déposés. Des recours ont été engagés suite à des rejets a priori liés à des erreurs d’instruction : cela concernerait 20 à 30 cas. Après deux heures de réunion, « peu de réponses précises » ont été apportées, a relaté le président de la FDSEA 62. « Néanmoins, des rencontres avec les responsables bancaires de l’agriculture vont être très prochainement organisées pour obtenir des prérogatives quant aux trésoreries des éleveurs », poursuit-il. « Chacun doit avoir un accompagnement adapté à sa situation », complète Jean-Michel Taccoen, venu représenter le Conseil régional Nord-Pas de Calais – ­Picardie. Plusieurs entrevues avec les députés locaux sont aussi programmées dans les prochains jours.

Un ultimatum lancé à Paris et Bruxelles
Pour le monde de l’élevage, la principale réponse reste la remontée des prix. À l’issue de la table-ronde réunissant le ministre de l’Agriculture et les acteurs de la filière l’été dernier, grande distribution et abatteurs avaient accepté de revoir à la hausse leur prix d’achat. Cette hausse aurait dû être de 6 centimes le kilo en viande bovine et le prix d’achat de 1,40 ct par kilo en viande porcine. Le prix du lait est toujours sous la barre des 300 € les 1 000 l en 2016. « Les prix ne sont toujours pas encadrés, la faute en revient directement à l’État français, réprimande Pierre Hannebique. Nous tirons la sonnette d’alarme depuis 2009, il est nécessaire d’avoir une organisation claire de marché sous peine de perdre encore des éleveurs. » Une problématique qui touche d’autres pays d’Europe. « Nous venons d’apprendre que 380 fermes sont en situation de dépôt de bilan aux Pays-Bas, et d’autres encore en Allemagne », annonce Serge Capron, président de l’ADPL. Face à ces constats, les représentants syndicaux du Pas-de-Calais ont invité les agriculteurs à maintenir la pression, à l’instar de Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui n’a pas appelé les agriculteurs à stopper leur mouvement suite à son entretien, le même jour, avec François Hollande. « Il est inadmissible d’attendre un mois de plus et le Salon de l’agriculture pour que Stéphane Le Foll fasse de nouvelles annonces », martèle le président de la FDSEA 62. « C’est “l’état d’urgence agricole”. Si des mesures de fond, au delà du plan d’urgence, ne sont pas prises dans les jours qui viennent, la mobilisation perdurera et prendra encore de l’ampleur, prévient-il. Nous sommes prêts à investir toutes les routes de France. »

Simon Playoult

3 questions à... Pierre Hannebique, président de la FDSEA 62

« La mise aux normes du 1er octobre 2016 est impossible ! »

Quelle est la situation actuelle de l’élevage dans le département ?
Les difficultés s’amplifient au niveau des trésoreries de certaines exploitations qui sont exsangues. En plus des conséquences de l’embargo russe et de la multiplication des contraintes réglementaires franco-françaises, l’arrêt des quotas laitiers en mars 2015 a généré une augmentation de la production de lait dans la plupart des pays européens alors que la France, disciplinée, a maintenu ses volumes. Un écart de valeur qui dégrade l’équilibre entre l’offre et la demande et pénalise les territoires d’élevage comme le Pas-de-Calais.

La solution passe-t-elle par la contractualisation ?
La contractualisation peut, en effet, être une réponse aux problèmes des éleveurs. Ce principe fonctionne bien dans d’autres filières. Il faut trouver un schéma d’organisation qui permette de retrouver de l’autonomie, d’arbitrer le marché et de contrôler les volumes. Cela passe par l’implication de l’ensemble des acteurs afin de mener rapidement un travail constructif. Il n’est plus possible pour un agriculteur de produire à perte.

Malgré le contexte, une mise aux normes des élevages est toujours programmée en 2016…
Les éleveurs ayant au moins un bâtiment d’élevage dans la zone vulnérable directive Nitrates et qui ne disposent pas de capacités de stockage suffisantes doivent se mettre en conformité d’ici le 1er octobre 2016 au plus tard. Cette nouvelle mise aux normes est impossible ! Compte tenu de la situation, les éleveurs ne disposent pas de fonds pour effectuer les démarches. Nous avons demandé à la préfète du Pas-de-Calais l’annulation de cette mesure ou une rallonge des délais pour la réalisation des travaux accompagnée d’une aide à l’investissement.

Propose recueillis par S. PL

Les agriculteurs du Nord aussi dans la rue

Une centaine d’agriculteurs (70 tracteurs) à Lille et environ cinquante exploitants agricoles au niveau de l’ancien poste de douane de Bettignies (59) se sont réunis le 27 janvier dans le département du Nord. Des feux ont été allumés sur la frontière franco-belge, conjointement avec les agriculteurs wallons, et la place de la République a été envahie par les engins agricoles dans la capitale des Flandres. Là aussi, une délégation a été reçue en préfecture de région Nord-Pas de Calais – Picardie.

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