Le Syndicat Agricole 08 janvier 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

2016 : L'économie mondiale sur fond d'incertitude

2016 démarre avec beaucoup d'inconnues, d'interrogations et ce dans tous les domaines. Revue des questionnements à travers quelques supports internationaux et nationaux.

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En 2016, une bonne surprise pourrait être le rebond du commerce mondial. Mais cela reste à confirmer et sera de toute façon insuffisant pour tirer l'ensemble des activités économiques mondiales vers le haut.
En 2016, une bonne surprise pourrait être le rebond du commerce mondial. Mais cela reste à confirmer et sera de toute façon insuffisant pour tirer l'ensemble des activités économiques mondiales vers le haut. - © P. Plisson/CMA CGM

L'incertitude : tel pourrait être le mot de l'année 2016. À l'image de la toute dernière actualité en provenance d'Orient ! On commence tout juste, et de façon sommaire et partielle, à cerner la problématique des immigrations et des terrorismes entre cette partie du monde et l'Europe et voilà qu'une nouvelle composante, ou presque, apparaît : l'Arabie Saoudite et l'Iran font éclater publiquement leurs différences à travers divers mouvements de violence. L'histoire de l'ennemi de mon ennemi... explique The Economist/Courrier international dans un numéro spécial intitulé « Le monde en 2016 ». Et l'incertitude, les gouvernants n'aiment pas ça ! Pas plus que les peuples, les acteurs économiques et les bourses.

La Chine et les autres
On sait encore moins comment se comportera la Chine et bien malin celui qui sait et comprend ce qui se passe vraiment aujourd'hui dans ce pays. On constate simplement que cela perturbe et conditionne une partie significative du fonctionnement de l'économie mondiale. Pour l'Insee, les importations chinoises se redresseraient début 2016 dans le contexte d'une croissance économique toujours à la baisse pour le pays. On ne peut pas non plus dire si cette incertitude sera compensée ou non, tant les incertitudes demeurent pour toutes les autres parties du monde : « Les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine, ndrl) se fissurent mais ne cassent pas », titre The Economist/Courrier international avant d'expliquer que l'Amérique latine est « une région en plein marasme ». « Les pays émergents déçoivent », ajoute même L'Expansion dans son numéro de décembre 2015 - janvier 2016 qui parle aussi de « déprime chinoise. » On voit également le Brésil s'enfoncer dans la crise sur fond de scandales qui durent et qui ne semblent pas se résoudre cette année.
Autres thèmes explorés par ce hors-série, le repli sur soi des États-Unis à mettre en parallèle  à une campagne présidentielle (le 8 novembre 2016 avec une prise de fonction en janvier 2017, ndlr) qualifiée de « sans illusion. » Il faudra aussi compter avec au moins trois autres facteurs dans ce pays : primo, le dollar fort, notamment face à l'euro, perdurerait et pénaliserait donc l'industrie américaine ; deuzio, le pays va devoir gérer une problématique, de plein-emploi, en l'occurrence un taux de chômage de 5 % considéré comme quasi-incompréhensible outre-Atlantique ; enfin, tertio, certains sociologues s'inquiètent ouvertement du retour de la montée des problèmes raciaux (noirs/blancs). Pour sa part, le mensuel Alternatives économiques fait l'analyse d'un « monde instable » pour l'année qui débute.
« Face à la guerre, une Europe désarmée » indique L'Expansion alors que The Economist/Courrier international parle d'une « embellie sous perfusion pour la zone euro », ce que l'Insee traduit par une stabilité de l'euro étroitement liée aux annonces de politique monétaire : rien de bien enchanteur. Alternatives économiques situe le Vieux Continent entre « crise des réfugiés et convalescence difficile ».

Bonnes nouvelles ?
Elles sont extrêmement rares. Pour l'Insee, « le rebond du commerce mondial se confirmerait » en 2016 mais sans vraiment décoller non plus. La croissance resterait cependant solide dans les économies avancées et l'inflation d'ensemble augmenterait modérément. On peut aussi compter, sauf événements traumatisants, sur une légère amélioration de la consommation des ménages dans la zone euro grâce à une reprise de l'emploi (attention, tous les pays ne sont pas au même niveau de dynamique dans ce domaine).
Autres légères embellies : d'une part, un investissement qui porterait de la baisse des taux et du redémarrage du crédit mais ceci serait vrai particulièrement en Europe du Sud et, d'autre part, une Allemagne qui se mettrait enfin à consommer.
On peut peut-être placer quelques espoirs du côté des suites que peut engendrer la grande conférence COP 21 de décembre 2015 mais il faudra beaucoup de volonté politique de la part de ceux qui en ont fait la promotion il y a moins d'un mois.
Dans ce panorama global, 2016 pourrait bien être l'année de la « recrise » comme l'écrit en une L'Expansion. Et Alternatives Économiques publie un dossier sur la thématique de la « grande stagnation » et brandit le « spectre de 25 ans sans croissance ». On peut aussi craindre que, face à une espèce d'affaiblissement général des têtes d'affiches habituelles, un certain nombre de dirigeants soient gagnés par la tentation de montrer leurs muscles, avec de nombreuses incertitudes liées à de tels comportements.

Thierry Michel

 

 

Focus : « Les défis ne manqueront pas cette année »

C'est le point de vue de Maury Obstfeld, conseiller économique et directeur des études du FMI, qui a livré son analyse sur l'économie mondiale 2016 au Bulletin du FMI.

Selon Maury Obstfeld, la Chine demeure le pays à observer : « Son économie ralentit, à l'heure où elle délaisse le modèle économique basé sur l'investissement et l'industrie manufacturière au profit de la consommation et des services ». Et de souligner qu'une croissance inférieure aux objectifs officiels des autorités pourrait à nouveau inquiéter les marchés mondiaux. Un autre sujet à surveiller est la crise des réfugiés venus d'Irak et de Syrie qui « met à rude épreuve les capacités d'absorption de l'économie et des marchés du travail de l'UE, mais plus encore les systèmes politiques ». « L'Europe doit aussi faire front à d'autres situations critiques d'ordre politique et économique, de la péninsule ibérique à l'Ukraine en passant par la Grèce », ajoute l'économiste. Pour ce qui est du commerce international, Maury Obstfeld s'interroge : « Le partenariat Trans-Pacifique sera-t-il approuvé par le Congrès américain ? Si les accords commerciaux multilatéraux n'ont plus cours, la libéralisation des échanges peut-elle encore progresser utilement à moindre échelle ? Les réponses à ces questions sont cruciales pour l'ensemble des pays membres du FMI ». En ce qui concerne les pays émergents, l'économiste note que les entrées de capitaux sont en baisse, qu'une partie des réserves a été ponctionnée, que les écarts de taux souverains se sont creusés et que les monnaies se sont affaiblies et que la croissance est en net ralentissement dans certains pays, mais que la dépréciation des monnaies a été jusqu'ici pour amortir divers chocs économiques. D'où l'intérêt de « centrer encore plus les études du FMI sur les pays émergents et en développement ». Ces derniers pesaient dans les années 1980 environ 36 % du PIB mondial et participaient pour quelque 43 % à la croissance du PIB mondial. Sur la période 2010-2015, les chiffres étaient respectivement de 56 % et 79 %.

V.G.

Chine et lait
Dans Alternatives économiques de janvier 2016, l'économiste Jean Marc Chaumet (Institut de l'élevage et Abcis) publie un sujet intitulé « La Chine fait trembler le monde du lait », rendant en grande partie responsable ce pays de la chute des cours mondiaux suite à la baisse des importations chinoises. « Le pays reste largement dépendant de l'extérieur pour s'approvisionner en lait », écrit-il aussi. En conclusion, il observe que « si la consommation chinoise de produits laitiers est sans doute appelée à se rapprocher progressivement de la moyenne mondiale, il ne faut cependant pas s'attendre à une augmentation linéaire des importations, comme l'ont cru trop d'acteurs. »

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