Le Syndicat Agricole 25 juin 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

1500 personnes en soutien au projet de porcherie

Venus de toute la région, les professionnels se sont réunis à Heuringhem pour défendre un projet symbolique.

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1 500 agriculteurs ont manifesté pacifiquement à Heuringhem en soutien au projet de porcherie. © DR De nombreux responsables agricoles se sont joints au cortège. © DR Aurélie Bridault a déposé un permis de construire modificatif en mairie d’Heuringhem. © DR Aurélie Bridault. © DR

Mobilisation agricole record, mercredi 24 juin, pour défendre le projet désormais ultra médiatisé de porcherie mené par Aurélie Bridault, jeune agricultrice à Heuringhem (62), près de Saint-Omer.
En l’espace d’une matinée, la population du village a doublé : près de 1 500 agriculteurs se sont rassemblés pacifiquement lors d’une marche de soutien pour leur consœur.
Cette dernière, qui souhaite s’installer en production porcine, est confrontée depuis 2012 à l’opposition d’une association locale qui multiplie les recours en justice.


Défendre le droit d’entreprendre
« C’est un dossier à l’image de ce que vit toute la profession, souligne Pierre Hannebique, président de la FDSEA 62 en ouverture de la manifestation. Le succès de cette mobilisation est la vitrine du ras-le-bol général d’un monde agricole qui souhaite pourtant investir, travailler et créer de l’emploi ». Avec des slogans tels que « Nous sommes tous Aurélie », ou « Laissez-nous travailler », les agriculteurs présents, venus des cinq départements de Picardie et du Nord-Pas de Calais ainsi que de tous les secteurs d’activité (élevage, conventionnel, bio...), ont défendu à grande échelle « la liberté d’entreprendre ». « Il faut que les populations rurales et urbaines comprennent que les nouvelles constructions agricoles sont régies par des normes et des règles très strictes et sont régulièrement contrôlées », a martelé Christophe Dusannier, président de l’URGPP Nord-Picardie. « Si un projet est validé par l’administration, les responsables des communes ne doivent plus accepter que les permis de construire puissent être attaqués par la suite, par respect pour la profession », poursuit Laurent Verhaeghe, président de la FDSEA 59. Pour sa part, Clément Cuvillier, président régional des JA, n’a pas hésité à parler d’« acharnement » : « Nous allons créer ici une “ZAAD“, une zone agricole à défendre, et montrer que l’agriculture y a tout son sens », a-t-il déclaré aux côtés de Thomas Diemer, président national des JA venu soutenir Aurélie Bridault. La délégation a traversé le village dans le calme pour se rendre à la mairie. L’agricultrice y a déposé un permis de construire modificatif en réponse à l’annulation partielle du permis de construire initial rendue par le tribunal administratif de Lille début juin 2015.

S. PL

3 questions à... Aurélie Bridault

« Malgré les revers, je continuerai à y croire »

Pouvez-vous nous rappeler votre projet ?
Notre élevage actuel de type naisseur comprend 110 truies. Dans le cadre de la mise aux normes, nous souhaitons délocaliser la porcherie à l’extérieur du village et construire un bâtiment pour accueillir 282 truies de type naisseur-engraisseur. Le permis de construire a été obtenu tacitement le 8 septembre 2011, mais une association de riverains (Aives : association inter-village pour un environnement sain, ndlr) ayant pour but principal de s’opposer au projet, s’est créé au printemps 2012.

Où en est la construction du bâtiment aujourd’hui ?
Suite à un recours des opposants et malgré l’autorisation d’exploiter, obtenue le 29 mars 2013, le tribunal administratif a ordonné l’arrêt des travaux engagés le 28 octobre de la même année. À l’heure actuelle, seuls les fondements de l’édifice ainsi que les fosses ont été construits. De plus, le tribunal administratif de Lille a décidé d’annuler partiellement le permis de construire début juin. Je viens donc de déposer un permis modificatif sur trois points qui étaient contestés concernant le raccordement électrique, le chemin d’accès et la réserve incendie.

Qu’est-ce que cela fait de recevoir autant de soutien ?
Ça fait vraiment chaud au cœur de voir autant de monde. C’est un cas particulier qui reflète une situation générale de contestation. Aujourd’hui, beaucoup d’agriculteurs ont peur de déposer des dossiers de construction ou d’extension. Malgré les revers, je continuerai à y croire même si ça nécessitera encore beaucoup d’énergie.

Propos recueillis par Simon Playoult

Point de vue de Jean-Pierre Clipet, secrétaire général adjoint de la FDSEA 62

Nous devons lutter pour pouvoir exister dans les campagnes

Ce mercredi, nous nous sommes donnés rendez-vous à Heuringhem. Chacun d’entre nous était là évidemment pour démontrer le soutien que nous, agriculteurs, avec le relais des organisations professionnelles agricoles, apportons au projet individuel d’Aurélie. Mais notre marche organisée ce jour va au-delà d’un simple accompagnement solidaire.
« Nous sommes tous Aurélie », c’est défendre le droit de s’installer, le droit d’évoluer, en fait le droit d’être agriculteur. C’est invraisemblable, mais notre combat syndical a bien évolué. Nous ne devons plus seulement défendre les intérêts économiques, il faut que nous luttions pour pouvoir exister dans les campagnes. À travers les faits que nous connaissons dans l’avancement du projet de la porcherie d’Heuringhem, une prise de conscience est indispensable. Nous le savons, et c’est d’ailleurs pour cela que nous étions si nombreux ce 24 juin, c’est normal, c’est le bon sens paysan. La vraie question est pourtant très simple : quand va-t-on réellement aider les porteurs de projet, ceux qui créent de l’emploi et de la valeur ajoutée ? Jamais nous n’avons contredit les règles imposées. Malgré cela, parce que quelques individus subitement défenseurs de cette fameuse cause « l’environnement », se constituent en associations, il ne nous est plus possible d’exercer notre métier. Or, la nature, l’environnement, c’est l’essence même de notre profession. Élever, cultiver ou transformer les produits dans nos fermes, c’est notre savoir-faire. Alors nous ne pouvons accepter les leçons de personne quant à nos pratiques. Pour ma part, quand je vais chez mon médecin, je lui fais confiance dans son diagnostic et sa prescription. À chacun son métier, et les cochons seront bien gardés.

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